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LA
CENTAINE
D'AMOUR
Je t'aime parce que je t'aime et voilà tout
et de t'aimer j'en arrive à ne pas t'aimer
et de t'attendre alors je ne t'attends plus
mon coeur peut en passer du froid à la brûlure.
Je ne t'aime que parce que c'est toi que j'aime,
et je te hais sans fin, te hais et te supplie,
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t'aimer en aveugle.
Et si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon coeur tout entier,
me dérobant la clef de la tranquilité ?
En cette histoire je n'arrive qu'à mourir
et si je meurs d'amour, c'est parce que je t'aime,
parce que d'amour, je t'aime, et à feu et à sang.
Sonnet 66
de Pablo Neruda
‘A la plage’ - graphite d' Al Maury
DE L’AUBE A L'AURORE,
DES IMMORTELS
Fais-moi grandir de cette part du monde
Qui échappe à l’usure du temps
Donne-moi cette "mort" nervure du secret de l’âme,
Qui se fige dans l’extase du vivant,
Avant, je venais du néant,
Arraché,
Jusqu’aux confins du monde,
Ici,
Ma vie se fige dans le roc,
Toi,
Passante,
Pareille à la comète,
Sur ce lit sablé
D’or,
Mon souffle, qui s’entrecoupe, et liane ton esprit à mon corps,
Dévoile ce qui te voile
Et l’étoile de mer dit :
VIENS !
A la rencontre de mon parfum d’infini et de sel,
Qui tiédit et se répand,
Contre ta peau,
Comme un fleuve de lait et de miel,
De mon cœur éveillé,
La flamme, dans le cristal de mon âme,
Limpide et fluide,
Guide,
A la porte de mes reins,
VIENS !
Tu recevras le monde,
Au rythme du souffle et du silence,
Là où je deviens la courbe qui s’enroule,
Sur l’orbe du temps.
Le calice du Lys,
Où tu te glisses et prends racine,
De l’aube à l’aurore éternellement
VIENS !
Dans la réalité du monde, où émerge l’esprit
Ancre,
Dans le flux et le reflux
Le plus beau des mystères,
Des sarments vers le ciel,
L’ivresse,
Des raisins,
Gorgés de fruits murs de sucre et de miel,
Comme une prière, Immortels conquérants,
Voyageurs insatiables dans des nefs pourvues de voiles,
Rejoindre les étoiles dans un ciel lactescent,
Et
S’envoler dans l’orbe des ciels
De la mer au firmament.
Parce que toutes les étoiles
Tombent dans le grand coquillage,
Je t’attendrai au bord du rivage
De l’aube à l’aurore
Mon amour,
Des Immortels
VIENS !
Claude Chatron-Colliet ©
Drita Çomo (1958 - 1981)
CETTE
LUEUR
QUI
MONTE
DE
L'ABIME
Cette lueur qui monte de l'abîme, équivaut, par bien des aspects, au Journal d'Anne Frank. Son atmosphère évoque aussi Le Pavillon des Cancéreux d'Alexandre Soljenitsyne. Ces comparaisons ne sont en rien abusives. Atteinte d'un cancer qui la terrassera dans sa vingtième année, Drita Çomo (Drita – en albanais – La lumière), rappelle son existence singulière dans le contexte de la dictature albanaise, sous le régime du dictateur Enver Hoxha. Elle témoigne non seulement de l’évolution de sa maladie, mais restitue également un climat politique oppressant sur un mode allusif et révélateur. Cette lueur qui monte de l'abîme, possède la vertu d'un récit qui mêle l'inexorable d'un destin individuel à une histoire implacable et, en l'espèce, persécutrice. Drita Como, issue d’une famille considérée par le régime comme "ennemie du peuple", est décédée à l’hôpital oncologique de Tirana en 1981, sans avoir aucun proche de sa famille, près de son lit. Sa mère, internée dans un camp de concertation, a été interdite per les autorités à être prés de sa fille en agonie. Le poème Solitude (Vetmia – en albanais) a été tiré par le recueil poétique Une lueur qui monte de l'abîme paru en France, en 2004, accompagné par une Introduction d’Ismail Kadaré, remarquable écrivain albanais de renommé internationale. (Éditions du Rocher dans la collection Lettres albanaises ).
LA SOLITUDE
La solitude c'est la sonnerie du téléphone
C’est une voix étrangère qui cherche une autre personne;
La solitude c'est le dimanche vide,
Aux conversations médiocres et sans soleil.
La solitude c'est regarder par la vitre,
Les gens pressés dans le soir,
Le long ennui avant le sommeil,
Et la touffeur des nuits sans lune.
La solitude c'est aimer beaucoup,
Et n'avoir personne à aimer,
N'avoir personne à qui offrir des fleurs,
Personne à qui raconter sa journée.
C'est être partout de trop, étranger,
Hôte non invité par personne au monde,
Sans un souvenir qui te fasse souffrir,
Sans espoir aucun pour ce qui arrivera.
Mais l’anxiété de mes journées sans toi,
Ma grande détresse infernale,
Pour tous que ce tu sais ou ne sais pas:
Je ne peux rien lui trouver d'égal.
Et les minutes de défiler lentement,
Lourdes de ce que l’on appelle attendre,
Souffrantes par ce qu'on appelle le manque
Et qu’en moi sont si innombrables …


























