POETES & POEMES ( Poetë & Poezi )

Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 09:50

Charles Antoni

Mon amour, si je meurs

Mon amour, si je meurs et si toi tu ne meurs pas,
Mon amour, si tu meurs et si je ne meurs pas,
Ne laissons pas la douleur étendre son territoire
Il n’existe pas de prolongement pareil au nôtre.
Poussière sur blé, sable sur sables
Le temps, l’eau errante, le vent vagabond
Nous a emportés comme des graines voguant sur l’eau.
Nous aurions pu ne pas nous rencontrer dans ce temps.
Cette prairie où nous nous sommes rencontrés,
Oh minuscule infini ! Rendons-la.
Mais cet amour, mon amour, n’est pas près de finir.
Puisqu’il ne connut pas de naissance
Il ne connaîtra pas de mort, il est comme un long fleuve,
Qui change seulement de terres et de lèvres.

Pablo Neruda

***

(traduit en albanais - specialement pour Ariel)

Po qe se vdes, e dashura ime …

E dashura ime, po qe se unë vdes e ti rron akoma,
E dashura ime, po qe se ti vdes e në jetë mbetem unë,
Aher’ ndal ti themi dhembjes në të zezën llahtarë,
Se si e jona përjetësi në këtë botë nuk është parë.
E pluhur mbi grurë, rërë mbi ranishte,
Koha, rrjedhat e ujit, era bredharake,
Si farë drithrash në vrapn’ e ujit me vete do na marrë.
Në këtë botë edhe kurrë mund të mos ishim parë
Aty në atë livadh ku u përqafuam si të marrë,
Ai s’qe veç një çast, një çast i pafund! Kohës t’i a kthejmë !
Por ah kjo e jona dashuri, e embla ime, jo, s’do vdesë kurrë,
Sepse ajo s’pat njohur lindje e mort kurrë s’do të ketë,
Ajo është një lumë, lumë pafund e an
ë,
Që ndrron vetëm shtrat e puthje plot zjarr
...

Pablo Neruda

(shqipëruar nga Simbad - posaçërisht për Ariel)

Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 16:47

Brigitte-Maillard.jpg

(photo Vasil Qesari)

UNE BRASEE D'AMOUR SAUVAGE
 
En route pour l'amour                                                             
Pousse la carriole au vent des petits blaireaux
Une sagesse éternelle
devine le jour de ton retour parmi nous
à la portée du silex qui allume la terre de feu

Je te donne mon amour tous les bijoux d'amour
y compris les pépites et mon labrador
Je te donne tant d'histoires à vivre et à conter
que je perds la tête au gré du vent
Ça va y aller!
Modèle ton corps en étincelles d'or
Reprends le visage de l'aimé
Je te délivre des poussées d'herbe sauvage
Ramasse tout ce qui est à portée d'étoiles
et danse sur la mer
Qu'éclate un brasier d'épousées au soleil de midi

Que me donnes-tu la?
Des genets d'or au soleil levant


Brigitte Maillard
http://www.brigittemaillard.net

Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 17:57

Pablo Neruda - Nue

QUAND TU VIENS

Voulons-nous cacher le jour dans le calice de la nuit,
alors nous aspirons vers la nuit.
Nos corps sont étoiles d'or,
qui veulent s'embrasser-s'embrasser.

Sens-tu le parfum des roses ensommeillées
sur les herbes sombres -
ainsi devra être notre nuit.
Nos corps d'or veulent s'embrasser.
Toujours je sombre de nuit en nuit.
tous les cieux fleurissent denses de notre amour flamboyant.
S'embrasser veulent nos corps, s'embrasser - s'embrasser.

Je t'aime - Paul Eluard

MA CHANSON D'AMOUR

Comme une fontaine céleste
bruit mon sang,
toujours de toi, toujours de moi.
dansent mes rêves dénudés et en quête ;
enfants somnambules,
doucement dans les recoins obscurs.

O, tes lèvres sont du miel...
l'odeur enivrante de tes lèvres...
et d'ombelles bleues t'entourant d'argent
tu souries...toi, toi.
toujours le ruissellement qui serpente
sur ma peau
sur les épaules s'en va -
j'épie...
comme une fontaine céleste

bruit mon sang.

Else Lasker-Schüler

ELSE LASKER-SCHÜLER demeure l’une des figures les plus énigmati ques et les plus tragiques de la vie artistique allemande du début du siècle dernier. Liée à la bohème des cafés de Berlin, amie des poètes et des peintres, sa vie se confond avec celle de l’avant-garde de l’époque. Deux recueils, remarquablement traduits, Le Malik, qui rassemble les lettres échevelées, tissées de rêves et d’angoisses, qu’elle adressait à ses amis, et un volume de poèmes, Mon piano bleu, permettent d’entrevoir la richesse de son oeuvre. Considérée, dès le début des années 20, comme une figure de proue de l’expressionnisme, Else Lasker-Schüler est l’auteur de drames où se mêlent une sensibilité déchirée et une dimension mystique. Ses splendides poèmes, où se confondent Berlin et Jérusalem, la rendirent célèbre. Mais sa vie, très tôt transformée en légende, est devenue emblématique de la symbiose judéo-allemande et de son destin. De cette créature de rêve, évoquée souvent comme une apparition fantomatique, l’existence se confond avec l’oeuvre. Née à Elberfeld, le 11 février 1869, au sein d’une famille juive assimilée, elle rompit avec la vie bourgeoise après l’échec de son premier mariage. Passionnée par la peinture, elle étudia à l’atelier de Simon Goldberg à Berlin, se lia avec le cercle de poètes de Peter Hille et publia Stryx, son premier recueil de poèmes. La beauté de son style, l’étrangeté de ses images surprirent. Elle partagea bientôt l’existence de Herwarth Walden, surtout connu comme éditeur de la revue expressionniste Der Sturm et fondateur de la galerie du même nom. Walden fit se rencontrer à Berlin toute l’avant-garde européenne. C’est lui qui fit venir dans la capitale Kokoschka et Chagall. La pièce d’Else Lasker-Schüler Die Wupper demeure l’un des drames les plus représentatifs de cette époque. En 1912, elle se lia avec Gottfried Benn, auteur du célèbre recueil Morgue et autres poèmes. L’année suivante, elle voyagea à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Hostile à la guerre, elle se réfugia en Suisse, fréquentant pacifistes et dadaïstes. C’est au début des années 20, avec la mise en scène de son drame par Max Reinhardt et la publication de six volumes de poèmes, qu’elle devint réellement célèbre. On exposa aussi ses dessins. Admirée, elle scandalisait par son style de vie insolite : sans domicile fixe, vivant en sous-location ou dormant sur les bancs des gares. A tous ses amis, elle donnait des surnoms mythiques. Franz Marc était le Cavalier bleu, Karl Kraus le Dalaï-Lama, Gottfried Benn Giselheer le Barbare. Elle-même se désignait comme Prince de Thèbes, Tino de Bagdad, maquillait les données réelles de sa vie. Qualifiée de « juive pornographique » par les nazis, elle émigra en Suisse, en 1933, avant de se fixer en Palestine, en 1939. Le rêve de Jérusalem s’effondra en partie contre la réalité conflictuelle qu’elle y découvrit. Elle y lira ses oeuvres mais fera aussi scandale par son peu d’attachement à la religion. Elle refusa que l’on traduisît ses poèmes en hébreu, les jugeant « assez juifs » en allemand. Son recueil Mon piano bleu parut en 1943, à trente-trois exemplaires, et son dernier drame, Ich und Ich (« Je et je »), suscita des appréciations contradictoires : apothéose d’un destin ou oeuvre d’une démente ? Else Lasker-Schüler s’éteignit le 22 janvier 1945 et fut enterrée sur le mont des Oliviers. Plus d’un demi-siècle a été nécessaire pour qu’elle retrouve sa place dans l’histoire de la littérature, dans le firmament de cette culture de Weimar dont elle fut l’une des plus étranges étoiles.

Jean-Michel Palmier.

Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 17:28

L-adieu---Guillaume-Apollinaire.jpg
(photo Vasil Qesari)

L'ADIEU

J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends

Guillaume Apollinaire

Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 17:25

Je-t-aime---Paul-Eluard-copie-1.jpg

JE T'AIME

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

Paul Éluard
(Le Phénix 1951)

Chez Eluard comme chez tous les surréalistes, il n'y a pas de poésie sans l'intercession d'une femme aimée, une muse. C'est elle qui provoque, soutient et assure le lien avec l'univers poétique. Eluard a multiplié les muses, la première Gala le quitte pour Dali, la seconde, Nusch, meurt prématurément. Eluard fait donc la connaissance de sa dernière muse, Dominique, de 19 ans sa cadette, trois ans après la mort de Nusch avec laquelle il vécu 17 ans autant que de titres dans le recueil "le phénix" dont fait partie ce poème. Et de trois, tel le phénix, cet oiseau légendaire qui renaissait indéfiniment, Eluard renaît à la vie et à la poésie, il se perpétue semblable à lui même de femme en femme, de couple en couple. Ce poème est un véritable épithalame à l'adresse de Dominique, cette jeune femme, qu'il épousera la même année. Le poème se compose de 3 strophes de 7 vers irréguliers en grande majorité, des alexandrins (17/21) à rime libre, sans ponctuation. Dans ce poème "Je t'aime" Eluard fait sa biographie faite de deuils amoureux ou physiques, de solitudes. Il veut effacer les derniers doutes de sa nouvelle rencontre et la décider à s'engager avec lui. Il nous fait un bilan exhaustif des avantages que chacun en retirera. Utilisant l'anaphore comme à son habitude, utilisant le "je t'aime" comme un refrain il veut convaincre Dominique que chacun vivra dans la plus parfaite harmonie pour le bien de tous. Ce poème qui figure parmi les derniers poèmes d'amour heureux d'Eluard, n'en a pas la grandeur des débuts mais on y trouve beaucoup d'émotion et de sincérité.

Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 17:19

Ajoute-une-ligne-de-ta-main---Blaise-Cendrars.jpg

AJOUTE UNE LIGNE DE TA MAIN

Tu m'as dit si tu m'écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de ta main
Un mot un rien oh pas grand chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui
Ma Remington est belle pourtant
Je l'aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette est claire
On voit très bien que c'est moi
qui l'ai tapée
Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois donc l'oeil qu'à ma page
Pourtant, pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre
Deux trois mots
Et une grosse tache d'encre
Pour que tu ne puisses pas les lire.

Blaise Cendrars
Extrait "Du Monde entier, Au Coeur du Monde" Poésie/Gallimard

Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric-Louis Sauser, est un écrivain d'origine suisse, né le 1er septembre  1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel (Suisse), naturalisé français, et mort le 21 janvier 1961 à Paris. Il est également connu sous les pseudonymes de Freddy Sausey, Frédéric Sausey, Jack Lee, Diogène, Braise (comme le feu). Il mène d'abord une vie d'aventurier avant d'écrire et de publier ses premiers poèmes : Les Pâques en 1912 (qui deviendra Les Pâques à New York en 1919), qu'il signe du pseudonyme de Blaise Cendrars. Alors malade, il se voulait renaissant à travers les braises et les cendres, tel le phénix. Puis La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France en 1913. Il participe dès le début à la guerre de 14-18 comme engagé volontaire dans la Légion étrangère : gravement blessé en 1915, il sera amputé du bras droit. Le 28 septembre 1915 (ou le 16 février 1916?), il est naturalisé français et reprend en 1917 l'écriture, mais lassé du milieu littéraire, il se tourne quelques années vers le cinéma, domaine qu'il abandonnera faute de succès. Il voyage alors au Brésil en 1924. Il s'oriente dès lors vers le roman avec L'Or en 1925, où il retrace le dramatique destin de Johann August Suter, millionnaire d'origine suisse ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en Californie. Ce succès mondial va faire de lui, durant les années 1920, un romancier de l'aventure que confirme Moravagine en 1926, avant qu'il ne devienne dans les années 1930, grand reporter. Grièvement blessé au début de la guerre, il est réformé et s'installe à Aix-en-Provence puis à Villefranche-sur-Mer et ne reprend l'écriture qu'en 1943 en rédigeant des récits autobiographiques avec L’Homme foudroyé (1945), La Main coupée, Bourlinguer. De retour à Paris en 1950, il participe à des programmes artistiques et des entretiens radiophoniques réputés avant de mourir d'une congestion cérébrale le 21 janvier 1961. L'œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde moderne où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable.

Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 16:41

Amoureuse-au-secret---Paul-Eluard.jpg

Amoureuse au secret

Amoureuse au secret derrière ton sourire
Toute nue les mots d’amour
Découvrent tes seins et ton cou
Et tes paupières
Découvrent toutes les caresses
Pour que les baisers dans tes yeux
Ne montrent que toi toute entière.

Signature-Paul-Eluard.jpg

[Poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard]

Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 18:32

Roberto-Juarroz---Tandis-que-tu-fais-une-chose-ou-l-aut.jpg

Tandis que tu fais une chose ou l’autre

Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

C’est pourquoi si l’on t’interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu’un est en train de mourir.

Roberto Juarroz
Poésie verticale
(1958)

 
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés