Dimanche 13 mars 2011
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(La fille de Simbad)
CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS
* à ma fille
Îles que j'ai habitées
vertes sur des mers immobiles.
D'algues sèches et de fossiles marins
les plages où galopent fous d'amour
les chevaux de la lune et des volcans.
Au moment des secousses,
les feuilles, les grues assaillent l'air :
dans la lumière des alluvions
brillent des ciels chargés ouverts aux astres ;
les colombes s'envolent
des épaules nues des enfants.
Ici finit la terre :
avec de la sueur et du sang
je me construis une prison.
Pour toi je devrais me jeter
aux pieds des puissants,
adoucir mon cœur de brigand.
Mais traqué par les hommes
je suis encore en plein dans l'éclair,
enfant aux mains ouvertes,
aux rives des arbres et des fleuves :
ici la latomie féconde
l'oranger grec pour les noces des dieux.
Salvatore Quasimodo
Salvatore Quasimodo a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1959. Avec Giuseppe Ungaretti et Eugenio Montale, il est l'un des
trois plus grands poètes italiens du XXe siècle et l’une des grandes figures de l’hermétisme contemporain, un hermétisme naturel émergeant des grands mythes ancestraux de son île, la
Sicile.
Dimanche 6 mars 2011
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TES LEVRES
Tes lèvres, mon amour,
"le miel et le lait
sont sous ta langue".
avec toi j’ai retrouvé le goût,
tout le goût de la vie,
dans un seul de tes baisers.
Désormais, quand je respire,
Le moindre de mes souffles
A ta saveur.
Ton corps est un grenier de myrrhe,
Dans la fatigue du chemin
Se mêlent nos aromates.
……………………………
Jean-Yves Leloup
Jean-Yves Leloup, Docteur en philosophie, psychologie et théologie, écrivain, conférencier, dominicain puis prêtre orthodoxe, il
offre à travers ses livres, conférences et séminaires un approfondissement des textes sacrés, ainsi qu'une approche et une réflexion d'une grande richesse sur la spiritualité au quotidien grâce à
une formation pluridisciplinaire d'une rare complémentarité. Membre de l'Organisation des Traditions unies, docteur honnoris causa es sciences à l'Université de Colombo (Sri Lanka), Jean-Yves
Leloup enseigne en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale. Auteur d'une cinquantaine d'ouvrages et de
traductions et commentaires des évangiles de Thomas, Jean, Philippe et Marie de Magdala, il participe à de nombreuses rencontres intertraditions."
Dimanche 6 mars 2011
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(photo Vasil Qesari)
On dit que la mer porte conseil
On dit que la mer porte conseil
et volupté, retrempe le corps
et l'esprit, rajeunit les cellules
et les rêves...
Moi qui n'ai plus de rêves
de la mer je regarde les vagues
s'épuiser et je pense
qu'il aurait suffi d'une goute
un jour
pour remplir ma vie
Roberto Veracini
Roberto Veracini vit à Volterra où il est né en 1956. Il a publié deux autres recueils de poésie : La ragazza in bianco (La
fille en blanc) en 1985, Stazioni, attese (Gares, attentes) en 1990, et, en 1992, un guide poétique de Volterra, illustré par le peintre Stefano Tonelli. Il a collaboré à diverses revues
littéraires dont une de poésie Pioggia obliqua (Pluie oblique) dont il fut un des fondateurs en 1993. Il a été aussi responsable, pendant plusieurs années, de la section poésie du prestigieux
festival Volterrateatro. En 2001, il a publié Epifanie dell'angelo, son premier titre à être traduit en français.
Dimanche 6 mars 2011
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(photo de Vasil Qesari)
NOCTURNES
Me voici marchant la nuit dans les rues
d'une ville ancienne et secrète.
Je marche et, en même temps, je me perds
comme un labyrinthe de pierre et de nostalgie
Me voici marchant entre deux femmes.
L'une a des cheveux très noirs.
L'autre a des yeux très bleus.
Mais je ne pense qu'à celle qui dort
avec le parfum des narcisses,
entre brumes et phares,
là-bas sur l'autre rive de la mer des dauphins.
Antonio Colinas
Poète, romancier, biographe, romancier, essayiste et traducteur né à La Bañeza, León, en 1946. À l’université de Madrid, il
suivit des études Techniques et d’Histoire. Durant plusieurs années, il fut lecteur d’espagnol dans les Universités italiennes de Milan et de Bergame où il réalisa d’excellentes traductions
d’auteurs italiens parmi lesquels figurent Giacomo Leopardi et la poésie complète du Prix Nobel Salvatore Quasimodo. C’est un des poètes le plus célébré dans la littérature espagnole de ces
dernières décades. Le souffle poétique connaît le triple devenir du Inspirer, respirer, expirer puisant son énergie aux sources mystiques chrétiennes et orientales. Les espaces, mer Méditerranée,
montagnes du León ou les villes européennes traversées par la mémoire des arts picturaux et de la musique aspirent à temporaliser un ordre spirituel né de la fascination pour l’Harmonie
qu’engendre la beauté artistique. Nature, Culture et Histoire recomposent le parcours de l’esprit humain en s’inspirant de Jung.
Mardi 1 mars 2011
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NUE
Nue, tu es aussi simple qu'une de tes mains,
lise, terrestre, minimale, ronde, transparente,
tu as des lignes de lune, des chemins de pomme,
nue, tu es maigre comme le blé nu.
Nue, tu es bleue comme la nuit à Cuba,
tu as des liserons et des étoiles dans les cheveux,
nue, tu es énorme et jaune.
Nue, tu es petite comme l'un de tes ongles,
courbe, subtile, rosée jusqu'à l'aube
et tu entres dans le souterrain du monde
comme dans un long tunnel de costumes et de travaux:
ta clarté s'éteint, s'habille, s'effeuille
et de nouveau elle devient une main nue.
Sonnet XXVII
Pablo Neruda
(Traduit par Ricard Ripoll i Villanueva)
Lundi 28 février 2011
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(photo Vasil Qesari)
Sensationnalisme
Celui qui a entendu mes vers m'a dit :
"Qu'y a-t-il là de nouveau? "
Tout le monde sait qu'une fleur est une fleur
et qu'un arbre est un arbre.
Mais moi j'ai répondu :
"Tout le monde ? voire..."
Car tout le monde aime les fleurs
parce qu'elles sont belles,
et moi je suis différent.
Et tout le monde aime les arbres
parce qu'ils sont verts et donnent de l'ombre,
mais pas moi.
J'aime les fleurs
parce qu'elles sont des fleurs,
directement.
J'aime les arbres
parce qu'ils sont des arbres,
sans ma pensée.
Alberto Caeiro
(Fernando António Nogueira Pessoa)
Fernando António Nogueira Pessoa est un écrivain et un poète portugais, né le à Lisbonne, ville où il meurt d'une cirrhose
le. Son nom de famille était orthographié Pessôa (en français, une personne) sur son acte de naissance.Prolifique et protéiforme, Pessoa est un auteur majeur de la littérature de langue
portugaise et de la littérature mondiale. Il crée une œuvre poétique multiple et complexe sous différents hétéronymes en sus de son propre nom: Alberto Caeiro, qui incarne la nature et la sagesse
païenne; Ricardo Reis, l'épicurisme à la manière d'Horace; Alvaro de Campos, le "modernisme" et la désillusion. Bernardo Soares, auteur du Livre de l'intranquillité, est considéré par lui comme
son semi-hétéronyme, plus proche de l'auteur orthonyme. Il signe aussi quelques textes en prose sous son propre nom, comme Le Banquier anarchiste. L'hétéronymie deviendra sa façon d'être. De
multiples autres hétéronymes auront des fonctions diverses, de l'astrologie à l'auteur de rébus. Il reste que les grands hétéronymes littéraires auront une telle force, seront à l'origine d'une
si unique création littéraire que l'auteur leur trouvera même à chacun une biographie justifiant leurs différences.Fernando Pessoa deviendra "le cas Pessoa" pour grand nombre d'intellectuels, de
critiques, de littérateurs, de simples lecteurs. Des hommes de théâtre, des chorégraphes, des compositeurs se sont désormais emparés de cette œuvre très riche pour des spectacles. Le cinéma
également a produit des films inspirés par ce poète.
Vendredi 25 février 2011
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TU ES VENUE
Tu es venue le feu s'est alors ranimé
L'ombre a cédé le froid d'en bas s'est étoile
Et la terre s'est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J'avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J'avançais je gagnais de l'espace et du temps
J'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l'espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l'aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j'adorais l'amour comme à mes premiers jours.
Paul Eluard
La mort l'amour la vie
(1951)
Trois ans après le décès de Nusch, Eluard vient de faire la connaissance de Dominique, "elle est venue le feu s'est alors ranimé", aucune virgule, aucune ponctuation, aucune pause. Sans
amour, Éluard est dans l'obscurité, il a besoin de la femme solaire pour l'éclairer. A peine connue, c'est une nouveau départ "la solitude était vaincue", "la vie avait un corps". Eluard a
désormais un nouveau guide. Parmi les stéréotype éluardien, l'image de la femme associée à la lumière, symbole de pureté, de majesté, de beauté. La rencontre avec la lumière s'assimile à la
rencontre amoureuse, "j'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière". Plusieurs d'images d'Eluard associent la femme à la chaleur et au soleil dissipateur des ténèbres ou des brouillards,
"le feu", "le rayon de tes bras entrouvraient le brouillard". Outre la femme métaphore du soleil, on retrouve l'image de la femme-enfant synonyme de pureté, et celle de la femme-nature. Par une
fusion entre la nature et la femme, certaines parties du corps, souvent les mêmes dans toute la poésie éluardienne, font l'objet de comparaison avec le paysage, "Ta bouche était mouillée des
premières rosées". Éluard idéalise le sentiment amoureux, l'amour et la femme ont tous les pouvoirs. Tout d'abord, ils sont forces de vie, "le repos ébloui remplaçait la fatigue",
c'est-à-dire qu'ils ont le pouvoir de donner ou régénérer la vie en lui donnant un sens, en donnant une motivation à la vie. Eluard multiplie les parallélismes entre la femme et la nature "Tu es
venue le feu s'est alors ranimé", " Et la terre s'est recouverte". L'amour est devenu une nécessité vitale pour Éluard, lui assurant sa présence au monde, lui donnant vie. L'amour a un pouvoir
infini sur la mort et l'absence. En fait, Éluard nous dit que le sentiment amoureux est sans doute le seul remède à la souffrance et au chagrin et qu'il est un élément essentiel à la quête
spirituelle d'un bonheur durable. L'amour, seconde partie du titre occupe toute la seconde strophe.
Vendredi 25 février 2011
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LES PERLES DU BONHEUR
Quand tout s'éteint, et que l'ami tant estimé
Repousse votre main, allez-vous l'ignorer
Le flétrir, le bannir, l'ôter de votre vie
Allez-vous le plonger à jamais dans l'oubli ?
A quoi bon renier cette belle amitié
Qui vous a fait grandir et qui vous a portés
Tout deux parfois aux nues, à la félicité,
Il est indélicat de la tuer à jamais.
Quand un ami s'en va, gardez en votre cœur
Les instants les plus beaux, les perles du bonheur :
Un poème de lui, quelques lettres exquises
Que vous lirez le soir, aux heures grises,
Et ce foulard de soie qu'il vous avait donné
Et qui de son parfum est encore imprégné...
Michèle CORTI