Mercredi 23 juin 2010
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LA MORT VIENDRA ET AURA TES
YEUX
(Poème retrouvé sur la table de chevet de Cesare Pavese après son
suicide)
La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.
La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.
Cesare Pavese
(1908 – 1950)
*
Cesare Pavese est plus connu comme romancier et auteur noir mais il s’est voulu d’abord poète : son premier et son dernier livre sont des livres de poésie, un peu comme si la poésie pouvait
cerner toute sa vie.On comprend très bien le pessimisme de l’auteur lorsque l’on sait qu’il a perdu son père quand il avait six ans, qu’il a été élevé par sa mère, femme très stricte. Cesare
Pavese a toujours eu du mal à vivre et on retrouve cette tendance dans tous ses écrits. Il aurait pu perdre son pessimisme s’il avait pu trouver l’amour de sa vie mais il a seulement cru le
trouver en la personne d’une actrice américaine qu’il a rencontrée à Rome en 1950, Constance Dowling. Celle-ci l’abandonne et il se suicidera la même année, en 1950, après avoir écrit sa dernière
œuvre, "La mort viendra et elle aura tes yeux", recueil poétique dont le titre est très explicite et Cesare Pavese ne fera pas que de dire qu’il veut mourir ; il mettra son projet à
exécution.
Samedi 19 juin 2010
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CES MATINS
Je m’éveille parfois dans un corps étranger
Tel un grain prisonnier qui bute à l’hivernage
Je m’éveille et me fraie, je me nomme, et voici
Que mon corps est ton corps et que j’ai ton visage.
Je renferme en tes bras la tiédeur que je suis
Je te fourrage et mords, fouillé, mordu de même
Tu mesures le temps à mon poignet qui vit
J’éprouve le silence affleurant ton oreille.
Noués jambes et mains, nœud marin de la nuit
Dénoués sous le fil d’un hache d’absence
Quelle force a posé ta face sur mon cri
Ou muré dans tes yeux notre neige crissante ?
Luc Bérimont
Jeudi 17 juin 2010
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L'AMOUR
ô toi la vie qui rêve dans le décor
regarde-moi
mon doigt se pointe l’amour est là
mon pied avance l’amour est là
mon regard s’ouvre l’amour est là
je danse dans la spirale de l’amour
je tourne l’amour est là
à droite l’amour
à gauche
l’amour
est
là
Brigitte Maillard *
* Auteur – Interprète. Membre de la Sacem. Passionnée par la chanson d'expression, la parole poétique de celle qui s'échappe aux limites de la pensée conceptuelle pour que vivent la poésie le
monde et les mots pour le dire. Prix de la chanson poétique 2010. Académie des jeux floraux, Toulouse. Rédactrice revue 'Ethnotempos' et du site 'Monde en Poésie'.
Vendredi 11 juin 2010
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RÊVES …
J’ai rêvé que j’étais ton amante chérie,
Ton amante heureuse et jalousée.
J’ai rêvé que j’avais une maisonnette blanche,
Bâtie au bord d’un ruisseau
Tu venais me voir, mystérieusement
À des heures mortes quand la terre se fait moine
Qui prie. Je sentais, follement,
Battre mon cœur quand au loin
J’entendais tes pas. Et avide,
J’étais dans tes bras en un instant,
Fixant tes yeux avec amour !
Et vois-tu, mon merveilleux, mon doux chagrin :
Je me suis réveillée les yeux pleins d’eau,
En entendant ta voix en un long adieu !
Florbela Espanca
La poésie de Florbela est caractérisée par l’emploi des thèmes de la souffrance, de la solitude, du désenchantement, alliés à une immense douceur et à un désir de bonheur et de plénitude qui
ne sont accessibles que dans l’absolu de l’infini, dans le parfait. La véhémence passionnelle de son langage centré sur ses propres frustrations et désirs ardents est d’une sensualité qui va
parfois même jusqu’à l’érotisme. Simultanément le paysage de Charneca em Flor est bien représenté dans ses poèmes.Florbela n’est pas clairement liée à quelconque mouvement littéraire. Elle est
pourtant plus proche du néo-romantisme et de certains poètes de la fin du siècle, que de la révolution moderne qui l’entoure. Par son caractère confessionnel et sentimental elle suit les lignes
d’António Nobre ; par la technique du sonnet elle suit Antero de Quental et même le célèbre Camões.Elle a dépassé les excès et a cultivé la passion, avec une voix franchement féminine. Sa poésie
a suscité au fil des années l’intérêt des lecteurs et des chercheurs. Elle est considérée comme l’une des plus grandes figures féminines du début du XXe siècle.
Mardi 8 juin 2010
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Par SIMBAD
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Publié dans : DIVERS ( Te ndryshme )
Lundi 31 mai 2010
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18:50

MOI
Jusqu'à maintenant je ne me connaissais pas,
Je croyais être Moi mais je n`étais pas moi
Celle qui dans mes vers je décrivais
Si claire comme la fontaine et le jour.
Mais que je n`étais pas Moi, je ne le savais pas
Et, même si je l`avais su, je ne l`avais pas dit...
Les yeux posés en une rutile chimère
J`étais après moi-même...et je ne me voyais pas!
Je me cherchais – pauvre folle !-
Et j`ai trouvé mon regard dans ton regard,
Et ma bouche sur ta bouche!
Et cette soif de vivre, que rien ne calme,
Est la flamme de ton âme qui embrase
Les cendres éteints de mon âme!
Florbela Espanca
(1894-1927)
"Charneca em Flor" - 1930

Florbela Espanca de Carlos Botelho (peintre portugais)
Florbela Espanca est une des plus grandes poétesses portugaises. Elle est née en 1894 à Vila Viçosa, en Alentejo (Portugal), d’une liaison extra-conjugale. Sa mère mourant prématurément, elle est
élevée par sa belle-mère et son père, qui ne la reconnaîtra comme sa fille légitime que 19 ans après sa mort. Lycéenne, puis étudiante en Lettres à Evora, Florbela publie des poèmes dans des
journaux. En 1917, elle suit des cours de droit à Lisbonne, où elle rencontre des poètes et des femmes écrivains. Elle publie ses premiers poèmes dans le Livro de Mágoas en 1919 ; quatre ans
après paraît le Livro de Soror Saudade. Ses attitudes de femme libérée et l’érotisme de certaines de ses œuvres font rejeter la jeune et belle poétesse par la petite bourgeoisie. Sa condition de
femme, provinciale de surcroît, lui bloque l’accès aux cercles littéraires. En 1927, la mort d’Apeles, son frère, est une tragédie pour Florbela qui sombre dans la dépression alors qu’elle
apprend les penchants homosexuels de son troisième époux. A Matosinhos, le jour de ses 36 ans, la jeune femme se suicide aux barbituriques. Proche du néo-romantisme, son œuvre est rythmée par les
thèmes de la souffrance, de la solitude et de l’aspiration à la plénitude, exprimés dans un langage passionnel et sensuel. Peu publiée de son vivant, la poétesse est aujourd’hui reconnue comme
une grande figure de la poésie du XXe siècle.
Dimanche 30 mai 2010
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Portrait d'une jeune fille (photo de Vasil Qesari)
Par SIMBAD
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Publié dans : DIVERS ( Te ndryshme )
Mardi 25 mai 2010
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Guillaume Apollinaire
(°1880 - †1918)
LOU
Mon très cher petit Lou je t’aime
Ma chère petite étoile palpitante je t’aime
Corps délicieusement élastique je t’aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime
Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
Sein droit si tendrement rosé je t’aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau
qui vient de naître je t’aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t’aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime
Regard unique regard-étoile je t’aime
Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t’aime
Démarche onduleuse et dansante je t’aime
Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.
(Poèmes à Lou - Éditions Gallimard)
... est un ensemble hétéroclite de morceaux retrouvés après la mort du poète, et arbitrairement réunis en 1925. Ils apportent une image kaléidoscopique de la poésie d'Apollinaire qui la
dépouille pour la douer d'une magie nouvelle. "Poèmes à Lou", écrit en 1914-1915, constitue ce témoignage poétique d'une passion impétueuse, libertine et cérébrale pour Louise de
Coligny-Châtillon. "Poèmes à Lou" est le fruit d'une relation ardente avec Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou, une belle aristocrate rencontrée à Nice en 1914. Elle fera languir son prétendant
amoureux fou d'elle sans jamais céder. Apollinaire s'engage alors dans le régiment d'artillerie de Nîmes. Sa vie dans les tranchées lui inspirera une correspondance passionnée, à laquelle Lou
succombera.On lit un Apollinaire spontané. Une verve d'épistolier qui réconcilie la poésie avec la narration et la vie quotidienne. Elle s'épanouit en une allègre assurance dont il est fier,
alors que ce côté original n'en est pas moins qu'une facilité. À mi-chemin entre la prose et le vers, il joue de tous les registres montrant ainsi une réelle audace et une incroyable invention.Un
livre de très beaux poèmes d'amour. Un livre de chevet à lire à la lueur d'une chandelle quand le cri d'amour d'un poète enflammé se superpose à l'univers rude et sanglant des tranchées… (Pascale
Arguedas)