Vendredi 23 décembre 2011
5
23
/12
/Déc
/2011
16:17
photo Vasil Qesari
L’exil est rond :
un cercle, un anneau :
tes pieds en font le tour, tu traverses la terre
et ce n’est pas ta terre,
le jour t’éveille et ce n’est pas le tien,
la nuit arrive : il manque tes étoiles,
tu te trouves des frères :
mais ce n’est pas ton sang.
Tu es comme un fantôme qui rougit
de ne pas aimer plus ceux qui t’aiment si fort,
et n’est-il pas vraiment étrange que te manquent
les épines ennemies de ta patrie,
l’âpre détresse de ton peuple,
les ennuis qui t’attendent
et qui te montreront les dents dès le seuil de la porte …
PABLO NERUDA
Vendredi 23 décembre 2011
5
23
/12
/Déc
/2011
16:07
photo Jan Saudek
Quand ce sera la dernière fois de nous
Le dernier cœur à corps
La dernière urgence
Et que nous ne saurons pas plus qu’avant
Pas plus qu’après
.........................
Nous rentrerons dans l’ombre
Dont nous n’étions jamais sortis
Autrement que par cet amour
Quand ce sera la dernière fois de nous
Quand ce ne sera plus que notre amour à jamais
Et à jamais fini
Quand ce sera la dernière fois de toi
De moi qui à jamais t’aimais
GUY ALLIX
Vendredi 23 décembre 2011
5
23
/12
/Déc
/2011
15:59
photo Vasil Qesari
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.
Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.
Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.
Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.
ROBERTO JUARROZ
Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
22:22
photo Vasil Qesari
Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage,
nous appeler par notre propre nom,
achever d'user une chaussure,
... éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième
pouvait nous préserver de la dernière.
Roberto Juarroz
Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
21:37
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie,
Ta vie que tu bois comme une eau de vie
Avant de trouver, en octobre 1912, son titre définitif "Alcools", Apollinaire avait songé à intituler son recueil "Eau de vie".
Bien que moins "moderne" d’allure, le simple substantif pluriel d’Alcools est à coup sûr plus riche de virtualités, plus fort, plus résolu pourrait-on dire. Il se démarque en effet a...ussi bien
de "l’eau-de-vie" évoquée par Rimbaud dans "bonne pensée du matin" que des multiples ivresses évoquées par Baudelaire dans "Les Fleurs du mal" ou "Le Spleen de Paris". Alcools résonne comme une
désignation abrupte, délivrée des pathologies morales dépressives qui avaient jusqu’alors accompagné aussi bien les ivresses baudelairiennes que la verlainienne absinthe ou les rimbaldiennes
"taches de vin bleu" mêlées de "vomissures".
Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
21:19
L’amour est une compagnie.
Je ne peux plus aller seul par les chemins,
parce que je ne peux plus aller seul nulle part.
Une pensée visible fait que je vais plus vite.
Fernando Pessoa
Dédié à Ophélia Queiroz – Le premier amour platonique de Pessoa à l’âge de 19 ans
Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
21:15
photo Vasil Qesari
Je suis à l'entrée d'un tunnel.
Ces phrases perforent le temps.
Peut-être suis-je ce qui espère à la fin du tunnel.
Je parle avec les yeux fermés.
Octavio Paz
Mercredi 21 décembre 2011
3
21
/12
/Déc
/2011
21:10
photo Vasil Qesari
Mendiant de ce qu’il ne sait pas,
Sur la route sans lieu de mon être
Parmi des débris fait son aube
Il chemine seul sans chercher…
Fernando Pessoa