Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 17:32
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L’ENNEMI


Charles Baudelaire

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le temps mange la vie
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cour
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Les Fleurs du Mal


Simbad---Baudelaire.jpg

Simbad photographiant le cénotaphe de Charles Baudelaire
à la cimetière de Montparnasse (Paris)


Par SIMBAD - Publié dans : CHARLES BAUDELAIRE
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 19:55
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Paul Celan
(1920-1970)

ÉLOGE DU LOINTAIN


Dans la source de tes yeux
vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante
Dans la source de tes yeux
la mer tient sa parole.
J'y jette,
cœur qui a séjourné chez les humains,
les vêtements que je portais et l'éclat d'un serment:
Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.
Je ne suis qu'une fois renégat, fidèle.
Je suis toi, quand je suis moi.
Dans la source de tes yeux
je dérive et rêve de pillage.
Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse:
nous nous séparons enlacés.
Dans la source de tes yeux
Un pendu étrangle la corde.

Paul Celan – Pavot et mémoire (1952)

***
Eloge-de-lontain.jpg


(Traduit en albanais par Vasil Qesari)

ELOZH I LARGËSISË

Në burimin e syve të tu
si detra dallgësh plot stuhi,
lundrojnë rrjeta peshkatarësh.
Në burimin e syve të tu,
deti mban premtimn‘ e tij.

E unë hedh mes dallgesh
zemrën time rritur mes të gjallësh,
rrobat e trupit e verbimn’ e një betimi :
Në fundin e zi të thellësirës,
Ndihem dhe më tepër lakuriq.
E kësaj here jo renegat po besnik
se unë jam ti, kur unë jam unë.

Në burimin e syve të tu
unë humbas toruan,
ëndërroj të plaçkis.

Një rrjetë u pleks me një tjetër rrjetë :
Dhe po u ndamë, s'do shqitemi kurrë.

Në burimin e syve të tu të larmë,
një i varur në grykë shtrëngon litarë ...


Paul Celan – Pavot et mémoire (1952)





Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 22:39
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ANNABEL LEE

Traduction de Stéphane Mallarmé


Il y a mainte et mainte année, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee, et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant, et elle était un enfant, dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, — moi et mon Annabel Lee ; d’un amour que les séraphins ailés des Cieux convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu’il y a longtemps, — un vent souffla d’un nuage, glaçant ma belle Annabel Lee ; de sorte que ses proches de haute lignée vinrent et me l’enlevèrent, pour l’enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon Annabel Lee.

Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes de la belle Annabel Lee ; et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants de la belle Annabel Lee ; et ainsi, toute l’heure de nuit, je repose à côté de ma chérie, — de ma chérie, — ma vie et mon épouse, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l’amour de ceux plus âgés que nous ; — de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, — et ni les anges là-haut dans les cieux, — ni les démons sous la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l’âme de la très belle Annabel Lee.


- Baudelaire traduit quelques poèmes de Edgar Allan Poe, dont le Corbeau, suivi par d'autres traducteurs (Lefébure, Armand Renaud) et c'est par l'influence des Fleurs du Mal, en 1862, que Mallarmé découvre Poe. Il conçoit à Londres le projet de traduire ces poèmes. Dès 1864 paraissent Annabel Lee, La Cité en la mer, La vallée de l'inquiètude, Silence.Ce n'est qu'en 1888 que les poèmes d'Edgar Poe paraissent chez Deman.Les "Contes du grotesque et de l'arabesque" d'Edgar Poe paraissent superbement traduits par Baudelaire sous les titres d'Histoires extraordinaires (1855), de Nouvelles Histoires extraordinaires (1856) et des Histoires grotesques et sérieuses (1865). Ces ouvrages et leur traduction apportent la notoriété en France à Poe -

***

Annabel Lee, est pratiquement intraduisible : Baudelaire ne s'y est pas risqué, et la tentative de Mallarmé, à mon avis, a échoué. Et c'est justement dans ce dernier poème, peut-être le plus réussi, que transparaît le mieux le résultat de la nouvelle poétique de Poe : le poème combinatoire tend à devenir uniquement une mélodie, le fond s'efface au profit de la forme.

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ANNABEL LEE

C’était il y a bien et bien des années,
dans un royaume près de la mer,
que vivait une jeune fille que vous pouvez connaître
par le nom d’ANNABEL LEE ;
et cette jeune fille vivait sans autre pensée
que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant et elle était une enfant
dans ce royaume près de la mer ;
mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour,
moi et mon ANNABEL LEE ;
d’un amour que les séraphins ailés du ciel
enviaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison pour laquelle, il y a longtemps
dans ce royaume près de la mer,
un vent souffla d’un nuage, glaçant
ma belle ANNABEL LEE ;
de sorte que ses parents de haute naissance vinrent
et l’emportèrent loin de moi,
pour l’enfermer en un sépulcre
dans ce royaume près de la mer.

Les anges, qui ne sont pas de moitié aussi heureux aux cieux,
en vinrent à nous envier elle et moi –
Oui ! – voilà la raison (comme tous les hommes le savent,
dans ce royaume près de la mer)
pour laquelle le vent sortit de ce nuage, la nuit,
glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.

Mais notre amour était de beaucoup plus fort que l’amour
de ceux qui étaient plus vieux que nous –
de plusieurs bien plus sages que nous –
et ni les anges dans les cieux là-haut,
ni les démons là-bas sous la mer
ne pourront jamais séparer mon âme de l’âme
de la belle ANNABEL LEE.

Car la lune ne brille jamais sans me porter les rêves
de la belle ANNABEL LEE ;
et les étoiles ne surgissent jamais sans que je sente les yeux brillants
de la belle ANNABEL LEE ;
et ainsi, pendant tout le flux de la nuit, je me couche à côté
de ma chérie, ma chérie, ma vie et mon épouse,
dans son sépulcre, là, près de la mer,
dans sa tombe à côté de la mer.
traduction de Gabriel Mourey

Poésies complètes d’Edgar Poe,
traduites par Gabriel Mourey
(Édit. du Mercure de France).



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Edgar Allan Poe

ANNABEL LEE

IT was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee; --
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

She was a child and I was a child,
In this kingdom by the sea,
But we loved with a love that was more than love --
I and my Annabel Lee --
With a love that the wingèd seraphs of Heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, by night
Chilling my Annabel Lee;
So that her high-born kinsmen came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in Heaven,
Went envying her and me: --
Yes! that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud, chilling
And killing my Annabel Lee.





Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 21:13
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La route vers la villa de la Solitude.
(photo de Vasil Qesari)

Je suis allé quatre - cinq fois à Villeneuve sur Lot (Aquitaine) pour tourner des reportages, mais je n’ai pas pu trouver ce que je voulais. Photographier la maison ou avait vécu et décédée Sabine Sicaud. Hier, j’y étais de nouveau. J’ai demandé plusieurs personnes, mais il ne le savaient pas. Enfin, c’était un vieil homme très gentil qui m’a montrés ou se trouvait la Villa "Solitude" ou habitait la petite poétesse. Et, j’ai parcouru le même chemin que faisait Sabine, jeune fille, une talentueuse poète que est mort a l’âge de 15 ans.

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La maison ou est née et décédée Sabine Sicaud
(Photo Vasil Qesari)

Sabine Sicaud est née à Villeneuve sur Lot le 23 février 1913 dans la villa "Solitude", ce microcosme où l'enfant- poète passa les 15 années de sa vie. D'une famille d'érudits, esprits ouverts et cultivés - son père (un intime de Jaurès) était avocat, puis Conseiller de préfecture à Montauban, sa mère était journaliste et écrivaine. Sabine baigne dans un monde artistique et culturel qui ne peut qu'éveiller encore ses dons d'enfant précoce. Un instituteur érudit venait à la villa "Solitude" donner des cours particuliers aux enfants Sicaud (Sabine a un frère, Claude, de deux ans plus âgé qu'elle). Dès l'âge de 6 ans Sabine griffonne des poèmes et parle aux arbres, aux plantes aux animaux qui l'entourent et dont elle paraît connaître l'âme. A moins de 12 ans, en 1924, elle reçoit la consécration du "Jasmin d'Argent", concours présidé par Marcel Prévost; en 1925, celle des Jeux Floraux, présidés par Anna de Noailles et Jean Richepin... Très douée en dessin, elle adorait le cinéma qui était une de ses grandes passions. Ses Poèmes d'enfant, préfacés par Anna de Noailles, ont été publiés lorsqu'elle avait treize ans.Hélas, la maladie vient brutalement, dans les derniers mois de 1927 briser le destin de Sabine. Une blessure au pied qui s'envenime et qui va la plonger dans des souffrances atroces qui lui inspireront des poèmes si poignants, si déchirants qu'on n'en trouve pas de semblables dans notre littérature. Les médecins ne pourront rien pour elle, et elle s'éteindra le 12 juillet 1928 dans la villa "Solitude" qu'elle n'a jamais voulu quitter pour aller se faire soigner ailleurs, où des soins éclairés auraient peut-être pu la sauver.

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AH ! LAISSEZ – MOI CRIER

Ah! Laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge!
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier…
Grincer, hurler, râler. Peu me soucie
Que les gens s’en effarent. J’ai besoin
De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier.
Les gens? Vous ne savez donc pas comme ils sont loin
Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie
Cette douleur qui vous fait seul au monde?
Avec elle on est seul, seul dans sa geôle
Répondre? Non. Je n’attends pas qu’on me réponde.
Je ne sais même pas si j’appelle au secours
Si même j’ai crié, crié comme une folle
Comme un damné toute la nuit et tout le jour
Cette chose inouïe, atroce, qui vous tue
Croyez-vous qu’elle soit
Une chose possible à quoi l’on s’habitue
Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue
Avec quel art cruel de supplice chinois
Elle montait, montait à petits pas sournois
Et nul ne la voyait monter, pas même toi
Confiante santé, ma santé méconnue
C’est vers toi que je crie, ah c’est vers toi, vers toi!
Pourquoi, si tu m’entends n’être pas revenue?
Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi
Ou si c’est ta revanche et parce qu’autrefois
Jamais, simple santé, je ne pensais à toi?

Recueil " Douleur je vous déteste"
Poésies de Sabine Sicaud (Stock)


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AUX MÉDECINS QUI VIENNENT ME VOIR

Je ne peux plus, je ne peux plus, vous voyez bien…
C’est tout ce que je puis.
Et vous me regardez et vous ne faites rien.
Vous dites que je peux, vous dites – aujourd’hui
Comme il y a des jours et des jours – que l’on doit
Lutter quand même et vous ne savez pas
Que j’ai donné toute ma pauvre force, moi,
tout mon pauvre courage et que j’ ai dans mes bras
Tous mes efforts cassés, tous mes efforts trompés
Qui pèsent tant, si vous saviez !
Pourquoi ne pas comprendre ?
Au bois des oliviers Jésus de Nazareth pleurait, enveloppé
D’une moins lourde nuit que celle où je descends.
Il fait noir. Tout est laid, misérable, écœurant Sinistre…
Vainement, vous tentez en passant
Un absurde sourire auquel nul ne se prend.
C’est d’un geste raté, d’une voix sonnant faux
Que vous me promettez un secours pour demain.
Demain ! C’est à présent, tout de suite, qu’il faut
Une main secourable dans ma main.
Je suis à bout…
C’est tout ce que je peux souffrir, c’est tout.
Je ne peux plus, je ne crois plus, n’espère plus.
Vous n’avez pas voulu
Pas su comprendre, sans pitié
Vous me laissez souffrir ma souffrance…Au moins
Faites-moi donc mourir comme on est foudroyé
D’un seul coup de couteau, d’un coup de poing
Ou d’un de ces poisons de fakir, vert et or,
Qui vous endorment pour toujours, comme on s’endort
Quand on a tant souffert, tant souffert jour et nuit
Que rien ne compte plus que l’oubli, rien que lui… »

(Sabine Sicaud. Le rêve inachevé)

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Sabine Sicaud (1913-1927)

LE CHEMIN DE L’AMOUR

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d'accent, de cœur et d'âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m'as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t'avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu'oserait le ciel contre nous maintenant ?


Sabine Sicaud
Publications

Poèmes d'enfant, préface d'Anna de Noailles, suivi d'un propos Lyrismes bourgeois par G. Helly de Tauriers, Les Cahiers de France, Poitiers, 1926
Les Poèmes de Sabine Sicaud, avant-propos de François Millepierres, Stock, Paris, 1958
Le Rêve inachevé, édité par Odile Ayral-Clause, avant-propos de Robert Sabatier, Dossiers d'Aquitaine, Bordeaux, 1996.
To Speak, to Tell You?, traduction de Norman R. Shapiro, préface d'Odile Ayral-Clause, Black Widow Press, Boston, 2009.


Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 08:04
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(Photo travaillé par Simbad - un variant moderne de Lola)


LOLA DE VALENCE

Entre tant de beautés que partout on peut voir
Je comprends bien, amis, que le désir balance;
Mais on voit scintiller en Lola de Valence
Le charme inattendu d'un bijou rose et noir


Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal - XV


Ces vers ont été composés pour servir d'inscription à un merveilleux portrait de mademoiselle Lola, ballerine espagnole,par Edouard Manet qui, comme tous les tableaux du même peintre,a fait esclandre.La muse de Charles Baudelaire est si généralement suspecte, qu'il s'est trouvé des critiques d'estaminet pour dénicher un sens obscène dans le bijou rose et noir. Nous croyons,nous, que le poète a voulu simplement dire qu'une beauté, d'un caractère à la fois ténébreux et folâtre,faisait rêver à l'association du rose et du noir.

(Note de l'éditeur)

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Edouard Manet. Lola de Valence. 1862.Musée d'Orsay
Par SIMBAD - Publié dans : "LES FLEURS DU MAL"
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 16:21
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Jacques Prévert

SABLE MOUVANT


Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entr'ouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.

PAROLES
[1949]

Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 14:10
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Par SIMBAD - Publié dans : DIVERS ( Te ndryshme )
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 14:03
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HORIZON CLAIR

Ahmad Shamlu *

Un jour, nous retrouverons nos pigeons.
Et la gentillesse prendra par la main la beauté.
Le jour où le plus humble des hymnes sera un baiser.
Et chaque être, un frère pour chaque être.

Le jour où les gens ne fermeront plus les portes de leurs maisons.
La serrure sera une légende, et pour vivre : le cœur suffisant
Le jour où chaque parole signifiera aimer,
Afin que tu ne cherches plus le mot dernier.

Le jour où la musique de chaque parole sera la vie.
Pour que je ne saigne plus à chercher la dernière rime au dernier poème.
Le jour où sur chaque lèvre il y aura une mélodie.
Pour que le plus humble hymne soit un baiser.

Le jour où tu viendras
Où tu viendras pour toujours.
Et la gentillesse sera confondue avec la beauté.
Le jour où nous parsèmerons des grains pour nos pigeons
Et j'attends ce jour.

Même si ce jour-là,
Je ne serai plus ...


* Ahmad Shamlou (en persan : احمد شاملو), né le 12 décembre 1925 à Téhéran où il est mort le 24 juillet 2000, est l'un des grands poètes iraniens du XXe siècle. Il est le contemporain entre autres de Sohrab Sepehri, Forough Farrokhzad et Nima Yushij, ce dernier l'ayant beaucoup inspiré. Sa poésie est complexe. Elle utilise pourtant des images simples, qui contribuent grandement à l'intensité de ses poèmes. Il utilise généralement des images traditionnelles, familières à son audience iranienne à travers les travaux de Hafez et de Omar Khayyam. Il a mélangé les images abstraites et concrètes d'une façon inédite dans la poésie perse, ce qui a désarçonné certains amateurs d'une poésie persane plus traditionnelle. À part sa passion première qu'était la poésie, Shamlou a eu de nombreuses autres activités, dont le journalisme, l'écriture d'histoires pour enfants, de scénarios et de nouvelles.

***

(traduction en albanais par Vasil Qesari)

AHMAD SHAMLU
- Një nga poetët më të shquar bashkëkohorë iraniane -
(1925-2000)

HORIZONTI

Do vijë dita që do i gjejmë pëllumbat tanë
E mirësia do ecë dorë për dorë me bukurinë.
Kur himni më i humbur do jetë një puthje
E çdo njeri do jetë vëlla me njëri-tjetrin.

Dita kur njerëzit s’do i mbyllin më shtëpitë
E kyçet e portave do kthehen në legjendë
E për të rrojtur do na mjaftoje e jona zemer.

Dita kur çdo fjalë do të thotë të duash,
E mos kërkosh më kot ta gjesh atë.
Dita kur muzika e çdo fjale do jetë Jeta.
E s’do rropatem të gjej rimën e simes poezi.

Dita kur në çdo buzë do ketë një melodi.
Që Himnin më të humbur ta bëjë Dashuri.
Dita kur do vish ti, kur do vish përgjithnjë
Me mirësjelljen njëlloj si bukurinë,

Dita kur do mbjellim grurë për pëllumbat tanë
E pres atë ditë edhe pse kur ajo do vijë
Unë ateherë nuk do të jem më ...

(Shqipëruar nga Vasil Qesari
)



 
 
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