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MERE DE L’UNIVERS 


Mère de l'univers !
Ton vent natal d’Albanie
Voyage désormais dans la lumière
A la croisée de nos solitudes.
Ton vent vertical de béatitude
Souffle sur la plaine
A l'effigie de nos ivresses muettes,
Et ton rire chuchoté
Qui transporte les montagnes
De nos libertés confisquées
Par des cris sataniques,
Nés sur le socle affolé
De nos multiples intolérances !


Ismail-Kadare.jpg
Ismail Kadaré
 Colloque International



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POST - SCRIPTUM
SUR LA DICTATURE
Un essai écrit par Vasil Qesari qui raconte l'Albanie totalitaire. (PDF en langue albanaise )

( Një libër mbi totalitarizmin
në ish-Shqiperinë staliniste. 
Klikoni për ta lexuar)

 

 

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Ce livre de l'auteur Vasil Qesari, publié en Albanie en mars 2000  et présenté au Salon International du Livre à Paris, raconte l'histoire d'un journaliste albanais, engagé dans un combat pour la liberté et l'indépendance de la presse et de l'information publique dans un pays, connu pour son fanatisme idéologique et le dogmatisme stalinien (Le livre est en format PDF en langue albanaise).


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Qeparo est le plus beau village de la riviera albanaise. Là sont nés mes ancêtres, là se trouvent les ruines de la maison de mes parents. J' y ai passé les années de mon enfance. Là-bas j’ai découvert pour la première fois la magie de la mer, la beauté des couchers de soleil, le vent du sud plein d’arômes iodés, ainsi que le vent d'hiver, rempli de la fraîcheur des montagnes ...


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VLORA  

Vlora est ma ville natale. Je suis né là, à l’aube d’un jour de novembre, "tombant" sur les mains de une sage-femme italienne. La ville, actuellement a plus de 100.000 habitants et se situe dans la partie du sud-ouest d'Albanie, sur la côte de l'Adriatique... (Clic sur image ! ) 

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LA RIVIERA


La riviera albanaise est la plus belle zone touristique en Albanie. Elle s’étend sur une longueur de 100 km le long du littoral, entre la baie de Vlora et le point méridional le plus extrême de la côte, aux confins avec la Grèce ...

 

 

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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 16:10

- Photo de Vasil Qesari -

Paul Verlaine mourut dans cette maison, recru de misère rongé, miné de l’intérieur, au 4° étage 39, rue Descartes à Paris, le 8 janvier 1896 au quartier Mouffetard que a l’époque était devenu le lieu d'exil des poètes et le refuge des marginaux. Paul Verlaine a créé un art, nouveau, inconscient et exquis; ses vers sont souvent plus près de la musique que de la littérature. Comme l'a très bien dit J. Lemaître : Ce barbare, ce sauvage, cet enfant a une musique dans l'âme, et à certains jours il entend des voix que nul avant lui n'avait entendues.


GREEN

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Paul Verlaine


Paul Verlaine par Gustave Courbet


LA MORT DE PAUL VERLAINE


par
SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER

En 1896, le 9 janvier, par une matinée qui montrait les arbres chargés de gel, je venais de m’engager par la rue de Rome, comme je le faisais tous les jours, depuis deux ans, étant dans l’obligation de me rendre porte Champerret, à la Compagnie de l’Ouest, quand, ayant acheté l’Écho de Paris, je lus la nouvelle de la mort de Paul Verlaine. En une seconde, je vis le monde tourner sur ses bases, comme pris de vertige. Deux semaines auparavant, aux approches de Noël, j’avais dîné avec Verlaine lui-même. Il venait de déménager pour s’installer rue Descartes, dans un logement de deux pièces, au deuxième étage d’une maison qui existe encore. Ce fait qui, pour tout autre que lui eût été fort simple, avait revêtu à ses yeux l’aspect d’un symbole. Les choses ne sont pas toujours si banales qu’il semble et il en est qui ont un sens étrange.
Au cours de cette soirée que j’avais passée avec le poète pour la dernière fois, moi encore presque enfant, et Verlaine déjà à la veille de quitter ce monde, je l’avais vu agité et fébrile. Des espérances lui traversaient la tête. La vie qui, pour lui, depuis vingt-cinq ans environ, c’est-à-dire depuis son divorce d’avec sa jeune femme, n’avait guère été qu’une suite ininterrompue de malaventures, allait enfin aboutir à quelque chose de sérieux et de solide, semblait-il penser. Finies les hospitalisations dans les prisons et les hôpitaux ! Achevés les jours de tribulations et de vagabondages ! Au 39 de la rue Descartes, il trouverait enfin un foyer – le foyer à la recherche duquel il n’avait jamais cessé de courir, et dont les mirages l’avaient fui, le laissant après leur évanouissement toujours plus endolori et plus accablé ! Ainsi, il se croyait arrivé au port ! Hélas ! c’était la vérité, mais il n’entendait point la chose comme il l’eût fallu !

LE VRAI VERLAINE

Quelque énigmatiques que soient les êtres, il leur arrive de nous livrer tout à coup leur profond secret. Verlaine, qu’ont enveloppé tant de légendes, tant de rébus et tant de signes obscurs, n’était au fond qu’un très pauvre homme, d’une simplicité naïve. Il a été toute sa vie affamé d’amour, comme il a été « fou de claires paroles », et comme il l’a été de sincérité. À la lumière de ces passions-là, on peut le suivre à travers le dédale de sa destinée, sans jamais perdre ses traces. Ce qui a pesé sur sa vie, c’est la perte de son foyer, dont il s’est vu chassé dès les premiers jours. Sans doute, il l’avait lui-même déchiré, mais il ne s’en est jamais rendu compte. Les hommes commettent des fautes dont ils se forgent les chaînes et ils sont stupéfaits de leurs conséquences. Verlaine, qui avait préparé son propre naufrage, n’y a probablement jamais rien compris. Le berceau de son fils flottait à la dérive, le lit conjugal s’en allait dans la tempête, les fleurs d’oranger de la noce n’étaient que poussière au vent et il s’en étonnait avec éclat. Un jour que j’étais avec lui au quartier Latin (un soir de l’hiver 1894-1895), ne m’a-t-il pas dit en pleurant contre ma poitrine qu’il avait un fils de mon âge dont on l’avait séparé et qu’il ne se consolait pas de son absence. Le vieil homme était seul avec moi dans la nuit. La pluie tombait, une pluie épaisse et lamentable !
Au moment où j’avais lu l’Écho de Paris, il était à peu près 8 heures du matin. Verlaine s’était éteint la veille, à 7 heures du soir. Il était mort au 39 de la rue Descartes, chez Eugénie Krantz, cette ancienne artiste de music-hall à qui l’attachaient très vraisemblablement beaucoup moins les jouissances amères de la chair que des illusions d’époux en déroute. À présent, j’étais rue de Rome, à l’endroit où passent les trains. Par un hasard (qui en soi est insignifiant, mais que je n’en tiens pas moins à noter), j’avais tout juste en face de moi la maison de Mallarmé. Je n’en savais rien à l’époque, car Mallarmé n’était pas de mes dieux, il n’en a fait partie que longtemps après. Éperdu du drame qui s’était produit, je ne cessais d’en relire les détails et quelqu’un qui m’eût aperçu se fût étonné de ce tout jeune homme qui restait là sur le trottoir, en tenant ouvert un journal dont les feuilles tremblaient dans ses mains de l’émotion de sa peine. Mais il n’y avait dans la rue que des passants peu nombreux. Je me demandais ce que j’allais faire. Aucun des poètes de ce temps n’avait pour moi la valeur de Verlaine. Sans mesurer encore son rapport dans les Lettres (qui m’apparaît aujourd’hui formidable et qui s’est étendu jusqu’aux arts du théâtre), j’en pressentais la grandeur. Issu du vieux sol ardennais, Verlaine était l’homme du terroir dans toute l’acception du mot. Sous ce front bossué de faune des forêts, vivait l’antique génie français, riche en nuances, et en musiques subtiles. Par opposition avec les Gautier, les Leconte de Lisle et les Hugo même, il était retourné aux fontaines du langage, à savoir l’essence du folklore dont il avait retrouvé la fraîcheur. Peut-être était-ce à son insu qu’il l’avait fait. Les plus grandes choses humaines se passent dans l’inconscient et en dehors de notre intelligence. Comme s’il nous eût été envoyé par les fées et par les démons de l’immense nature, Verlaine s’était vu jeté parmi nous, en qualité de mandataire d’un monde de profonde magie.

RUE DESCARTES

Si j’avais perdu un parent et que ce dernier m’eût été très cher, je n’aurais pas éprouvé plus de peine. Je demeurai un moment rue de Rome, inquiet de ce que j’allais faire, hésitant à rebrousser route, et me refusant cependant à partir pour mon bureau. L’omnibus Panthéon-Courcelles passant par là, je m’y engouffrai, sans plus réfléchir.
Il était encore de bonne heure quand j’arrivai rue Descartes. Dans la rue étroite surplombée de constructions où les fumées et la poussière ont imprimé leurs traces comme lithographiquement, les gens du quartier allaient et venaient, chacun vaquant à ses occupations. Dans cette rue où Verlaine avait déambulé, personne ne semblait se soucier de lui. La poésie est étrangère à la multitude des hommes, et les malheureux qu’elle a adoptés, loin d’en sembler plus rayonnants, n’en sont que plus méprisés. Même dans un cas comme celui-ci où le poète a pris figure de va-nu-pieds et d’errant, il n’intéresse que de vagues initiés. Il faut le temps pour l’imprégner de lumière. Tant qu’on peut le voir arpenter le macadam, on n’est frappé que de sa pénurie, de ses pardessus rapiécés et fatigués, de sa physionomie macabre et de ses croquenots béant aux ruisseaux. Ce qui se passe en lui, le message qu’il apporte, l’essaim des mélodies qui volettent sur ses pas sont quelque chose d’invisible. Ainsi Verlaine, rue Descartes. En entendant dire par quelque voisin que le Monsieur du 39 de cette rue était décédé la veille, les commères à peine s’arrêtaient pour dire leur mot et, probablement, davantage pour se répandre en plaintes sur sa compagne que pour regretter sa perte. Verlaine, ce n’était rien qu’un clochard foudroyé, un individu à l’aspect de mendigot et dont on ne connaissait rien que les brutales crises d’ivrognerie et les déchéances d’hospitalisé.
– C’est ce qu’on appelle la gloire ?
Avec le droit à la famine,
À la grande misère noire
Et presque jusqu’à la vermine !
– C’est ce qu’on appelle la gloire !
Ces vers, qui font partie des Invectives, quelle cruelle amertume n’expriment-ils pas ? Qui n’en ressent l’épouvantable désespoir ?

AU CHEVET DU POÈTE MORT

Au deuxième étage du 39, devant la porte de Verlaine, je trouvai Gustave Le Rouge. C’était un des intimes du vieux maudit. Accompagné de sa jeune femme, il était monté bien des fois, ces temps derniers, pour le voir. Ils avaient soupé ensemble. Je lui vis les yeux tout rougis de larmes. Il se disposait à sortir pour mettre à l’adresse du fils de Verlaine une dépêche de pure convenance. Georges Verlaine n’était en rapport avec aucun des amis du poète, ni même avec celui-ci. Gustave Le Rouge remonta quelques marches pour rentrer avec moi dans le logement. J’entr’aperçus quelques ombres furtives que ma présence fit s’enfuir et Le Rouge m’entraîna dans la salle à manger où, en décembre ou en novembre, j’avais trouvé un Verlaine si heureux ! Cette salle à manger n’était plus la même. On avait fermé les persiennes et on n’y voyait que mal.
Je n’avais jamais visité de mort. Cet appareil m’impressionnait, je ne demandais pas à voir Verlaine. Cependant, j’entendis un pépiement d’oiseaux. C’étaient les oiseaux que Verlaine aimait. Il s’était amusé à leur dorer leur petite cage. Les oiseaux chantaient, innocents des choses. Je demandai à voir Eugénie Krantz. Le Rouge me dit qu’elle venait de descendre, elle était allée faire les provisions et puis il me parla de la mort du poète, qui s’était produite brutalement et dans des conditions extraordinaires. Le 8 janvier il ne semblait pas mal, pas plus, en tout cas, que les autres jours, et avec André Cornuty, Cazals et d’autres camarades il avait beaucoup bavardé, mêlant à ses plaintes habituelles des regains de plaisanteries. C’était assez normal chez lui, qui passait assez facilement de la gaieté au chagrin et aux larmes. Vers le soir, ses amis l’avaient quitté, laissant Eugénie Krantz à son chevet. Que s’était-il passé entre eux ? Sans doute il avait eu besoin de quelque chose et il l’avait réclamé. Elle lui avait mal répondu, il s’était fâché, elle l’avait couvert d’injures. Quand il se mettait en colère, elle criait toujours bien plus fort que lui. Il avait essayé de sortir de son lit dans un geste de menace. Et il avait roulé à terre (peut-être aussi par la faute d’Eugénie). Bref, elle l’avait laissé sur le parquet, dans sa quasi-nudité et parmi la misère d’une pièce très mal chauffée, par cette nuit spécialement froide. Du palier, on l’avait entendu qui geignait. Mais comment aurait-on osé se mêler d’affaires pareilles ! Chacun chez soi et la paix est partout, disent les simples gens du peuple. Au petit jour, Eugénie Krantz était remontée dans l’appartement. Elle avait retrouvé Verlaine à la même place, blanc des sueurs de l’agonie. Il est bien certain que c’était le dernier coup. Il décédait le soir même.
Son récit fait, Gustave Le Rouge me demanda si j’étais désireux de saluer le mort. Je passai dans la petite chambre où il dormait. C’était une pièce très pauvre d’aspect, mais émouvante par sa simplicité. Aux murs pendaient quelques tableaux sur lesquels mes yeux ne s’arrêtèrent point. Attiré par le pauvre mort qui s’était enfoncé dans l’éternel sommeil (qui n’est peut-être, après tout, qu’un trompe-l’œil !), je ne pouvais rien voir d’autre. Sa figure au crâne monstrueux semblait rêver. Ses bras étaient allongés sur les draps. Une petite croix brillait sur sa poitrine, à côté de quelques brindilles de buis. Le lit était banal, mais très convenable. Pour Verlaine, on l’avait revêtu d’une chemise vraiment de cérémonie. Autour de son cou amaigri, on lui avait noué une belle cravate noire. C’était une chose qui n’avait aucun sens, sauf que, pour cette dernière journée parmi les hommes, on avait pensé à lui faire honneur. Les pauvres ont de ces caprices qui sont une vertu du cœur.
Dans la chambre submergée d’ombre, j’aperçus Cazals. Ce jeune homme, qui adorait Verlaine, ne pouvait pas se détacher de lui. Il était sur un tabouret et il dessinait. Comment y voyait-il ? Je n’en sais rien. La pièce avait ses volets clos et, dans la hâte des premiers soins, on n’avait trouvé à allumer que des bougies roses. Ces bougies non plus n’avaient rien de bien correct. Le pharisaïsme ordinaire n’était ici pas de mise. Mais personne n’y aurait pris garde. Il n’y avait partout que de l’amour. Avec une piété admirable Cazals, qui n’était peintre que de cœur, s’efforçait donc de travailler, cherchant à fixer les traits de Verlaine avant la dissolution.
J’avais fait à Cazals un signe de tête, je regardais un long moment le pauvre mort, pour qui enfin était terminé le calvaire. Il avait l’air au fond de l’Océan, flottant à travers de vagues transparences, dans l’infini de la vie éternelle. Que l’on s’occupât de sa vieille carcasse lui était bien indifférent, du haut du ciel où sans doute il était. Je me retirai de la chambre et je proposai à Le Rouge de porter au bureau de poste la dépêche qu’il avait écrite pour Georges Verlaine. J’en pris la teneur de ses mains, heureux de lui servir à quelque chose. L’idée de me trouver en face d’Eugénie Krantz ne m’avait pas peu décidé à activer mon départ. (…)

(par Saint-Georges de BOUHÉLIER)
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 18:15


La tombe de Jean Paul Sartre et Simone Beauvoir à la cimetière de Montparnasse
- photo de Vasil Qesari -


SARTRE ET BEAUVOIR
LE PACTE DE POLY-FIDÉLITÉ


Entretien avec Michel-Antoine Burnier

Nouvelles Clés : Comment définir le « pacte » que Sartre et Beauvoir avaient signé entre eux ?
Michel-Antoine Burnier : On a connu diverses sortes d’amour au fil de l’histoire : l’amour romain, l’amour médiéval, l’amour de la Renaissance, l’amour bourgeois du XIXe siècle... Et puis il y a eu l’« amour Sartre et Beauvoir ». Michel Contat a dit un jour : « La légende de ce couple a changé nos mœurs. » C’est exact. Même si leur vraie vie n’a que partiellement correspondu à leur légende, Jean-Paul Sartre et Simone Beauvoir ont été les Héloïse et Abélard laïcs des temps modernes ! Quand Sartre rencontre Beauvoir, elle a 21 ans, et lui 23. Leur pacte, ils le passent environ un an après, en 1929. Ils s’aiment, ils se plaisent, ils ne peuvent pas se quitter. C’est une relation sexuelle, personnelle, sentimentale, intellectuelle... Et voilà qu’un soir, en plein été, dans le décor très symbolique des jardins du Louvre, assis sur un banc, Sartre propose à celle qu’il appelle déjà Le Castor, un pacte, renouvelable tous les deux ans, dont le principe est le suivant : notre amour est un amour nécessaire, mais il convient que nous vivions aussi, à côté, des amours contingents. Les amours contingents sont une façon de connaître le monde, car on connaît bien le monde, quand on est un homme, avec les femmes, et quand on est une femme, avec les hommes. Une condition : ne pas se mentir, ne rien se dissimuler. Sartre propose. Beauvoir accepte. Il n’est pas certain qu’elle le fasse de très bon cœur, mais Sartre est le premier homme de sa vie et son intelligence la fascine. C’est d’une logique implacable. Il y a un aspect « fondation de dynastie » : ça se passe devant le palais des rois de France, un chat noir s’est (symboliquement ?) coincé derrière leur banc et ils proclament : « Nous allons réinventer le couple ! » Il y a là quelque chose de très aristo. Par exemple, ils ne partageront pas le même appartement. Dans la grande noblesse, il était de très mauvais goût de vivre avec sa femme - pourquoi pas toute la famille dans le même lit, pendant qu’on y est, comme des paysans pauvres ou des nobliaux du Moyen-âge !? C’est la bourgeoisie qui, aux XVIII° et XIX° siècles, a inventé qu’on pouvait vivre dans le même appartement et coucher dans le même lit que son épouse !
N.C. : Qu’est-ce qu’un « amour nécessaire » ?
M.-A.B. : Celui où les partenaires éprouvent une estime, une tendresse, une confiance réciproques absolues. Beauvoir a cette phrase : « Si je vous dis que dans cinq ans, on se retrouve à 18 heures, au Parthénon, à Athènes, je suis sûre que vous y serez. » Les « amours contingents », eux, peuvent être de vraies passions, mais ils ne doivent jamais affecter l’amour nécessaire. C’est donc l’alliage de l’union et de la liberté. La confiance doit être absolue. Mais la liberté aussi, y compris sur le plan sexuel. Pour énormément de jeunes intellectuels - hommes, mais aussi femmes -, qui auront vingt ans dans les années cinquante ou soixante, ce pacte représentera un idéal. Ce fut mon cas. Pendant toute une période, je me suis demandé avec impatience où se cachait ma Simone de Beauvoir...
N.C. : Qu’a donné la mise en application du pacte ?
M.-A.B. : Les amours contingents se sont parfois croisées ! Beauvoir a eu une aventure avec Fernando Gerassi, le peintre espagnol, tandis que Sartre sortait avec la femme de Gerassi. Plus déterminante a été l’histoire du Castor avec Jacques-Laurent Bost, un ancien élève de Sartre au Havre : un vrai amour, profond, physique. Il y a bien sûr le trio Sartre-Beauvoir-Olga, où tous les trois ont souffert, alors que, curieusement, ce trio est resté chaste, du moins pour Sartre, qui n’a jamais couché avec Olga. Il était fou de cette ancienne élève de Beauvoir, au point d’en devenir squelettique. Olga est une espèce de symbole de la liberté ; elle est capricieuse et il y a, dans le caprice, une liberté extraordinaire, une indétermination absolue, qui fascinait Sartre. C’était incontrôlable. Finalement, il tombe amoureux de sa sœur Wanda, avec qui il peut vivre une véritablement liaison. Et puis, il y a toute cette période où Beauvoir est professeur et où certaines de ses élèves tombent amoureuses d’elle et réciproquement - dans ses mémoires, elle cachera tout de ses amours lesbiens, notamment quand ses amantes deviennent aussi des maîtresses de Sartre.
N.C. : Tout ça tranquillement, sans jalousie ?
M.-A.B. : Pas sans souffrances ! Il y a des imbroglios considérables. Avec la jeune Bianca, par exemple, ce sera très compliqué. En 45, quand Sartre va aux États-Unis et manque y épouser Dolores Vanetti, il est à deux doigts de rompre le pacte. Mais cela faisait longtemps qu’il avait dit au Castor : « Plus besoin de renouveler le pacte tous les deux ans, il est reconduit indéfiniment... sauf si l’un de nous envoie à l’autre une lettre recommandée. » Dolorès voulait l’exclusivité. Sartre la lui a refusée.
N.C. : Et Beauvoir accepte le deal sans broncher ?
M.-A.B. : Elle est partiellement prisonnière d’une logique qui n’est pas sans perversité, c’est sûr, mais l’amour qu’elle va bientôt vivre avec Nelson Algren, son bel Américain, sera dément. Il lui dit : « Vous êtes ma femme ! » Elle lui répond : « Tu es mon petit mari. » Dans les années 50, elle aura avec Claude Lanzmann une histoire très sentimentale et extrêmement physique - plus tard, elle écrira : « Je n’avais plus vu Lanzmann depuis x temps, nos corps se retrouvèrent dans la joie. » En fait, les rapports physiques avec Sartre se sont arrêtés dès la fin des années trente, ça ne collait pas vraiment entre eux. Même s’il est très physique, Sartre est un mauvais coïteur. Un homme aux érections terribles, mais qui n’éjacule que très difficilement et sans grand plaisir - lui-même se présentera comme plutôt « un masturbateur de femmes qu’un coïteur ». Il veut bien admettre que la femme s’abandonne, mais lui, jamais. Il se retient toujours. Pas question de perdre conscience : il est pure conscience et la conscience ne doit pas s’obscurcir.
N.C. : Pas de lâcher prise... Peut-on dire que leur système a fonctionné ?
M.-A.B. : Sartre, à la belle époque, a eu jusqu’à sept maîtresses simultanées. C’est la donnée principale : il en a vitalement besoin. Certaines maîtresses disparaissent, d’autres restent. Il les entretient, leur verse de l’argent tous les mois, avec une grande générosité. Beauvoir a quelques amants, notamment dans la bande des Temps Modernes, et quelques amantes plus ou moins cachées. Tout ça forme un univers. Ils disent entre eux « la famille ». Et c’est une vraie famille, avec ses neveux, ses nièces, ses jalousies, ses querelles... Sartre était extraordinairement organisé. Chaque femme avait un jour, et il ne fallait pas essayer d’en bouger. Si une femme arrivait le mauvais jour, il n’était pas content ! Je m’en suis rendu compte une fois que j’étais avec lui, au bar du Port Royal, fin 62. Evelyne Rey, la sœur de Lanzmann, une actrice d’une beauté stupéfiante, est arrivée un quart d’heure en avance. Au lieu de l’inviter de s’asseoir à notre table, il lui a lancé, l’air fâché : « Va m’attendre au bar ! » Il a terminé l’entretien avec moi, à la minute près, avant de la rejoindre.
Ces femmes étaient forcément jalouses les unes des autres. Il y avait donc une confusion permanente, malgré le merveilleux alibi que représentait Beauvoir, puisqu’il pouvait toujours dire : « Je vais passer huit jours de vacances avec le Castor », puis ne passer que quatre jours avec elle et le reste du temps filer avec une autre ! Évidemment, on peut regarder tout ça d’un œil sévère : non seulement, cet homme était un papillonneur infidèle et un séducteur total, finalement pas du tout original, qui draguait tout ce qu’il voyait, mais qui, en plus, fondait ça philosophiquement ! Et si sa compagne « nécessaire » s’était avisée de râler, il lui aurait rétorqué : « Vous n’êtes donc qu’une bourgeoise ? », ce qui était l’insulte suprême. Moyennant quoi, vis-à-vis du Castor, il se permettait une transparence épistolaire non exempte de sadisme (on le découvrira plus tard, lors de la publication de leur correspondance, pourtant expurgée par Beauvoir), en lui décrivant, par exemple, les détails anatomiques de certaines de ses maîtresses et de leurs parties de jambes en l’air.
Jean Cau a été le secrétaire de Sartre jusqu’en 1957. Un jour, il lui demande : « Mais comment faites-vous pour vous en sortir ? » Sartre lui répond : « Je mens à toutes. » Cau s’étonne : « Même au Castor ? » Sartre sans hésiter : « Surtout au Castor ! » Il y avait bel et bien une transparence entre lui et Beauvoir. C’était elle qui en savait le plus et elle s’est maintes fois trouvée entraînée à gérer une part de ce dispositif complexe, c’est-à-dire à essayer de protéger Sartre de ses maîtresses (et aussi parfois à plaider la cause de telle d’entre elles, qui se trouvait en difficulté ou en dépression), ce qu’elle a faisait très bien. Mais il y avait quand même un endroit obscur, où même elle ne pénétrait pas. Jean Cau insiste : « Vous mentez ? Même au Castor ! Vous, le philosophe de la transparence ? » Sartre lui répond : « Il y a des situations où l’on est obligé de s’inventer une morale provisoire. »
N.C. : C’est vrai que Simone de Beauvoir elle-même avait écrit Pour une morale de l’ambiguité... Mais on a du mal à imaginer comment elle pouvait accepter un tel mic-mac, avec ses inévitables débordements de mauvaise foi !
M.-A.B. : On ne comprend rien à cette histoire si on oublie que, pour elle comme pour lui, l’essentiel était d’écrire. C’est l’élément fondamental du pacte : « Nous ferons notre œuvre d’écrivains et nous nous encouragerons l’un l’autre, nous nous aiderons l’un l’autre, nous nous corrigerons l’un l’autre, nous nous donnerons des idées l’un à l’autre. » C’était cela d’abord qu’il fallait protéger. Sartre écrit huit à dix heures par jour, et ses journées sont totalement réglées, au quart d’heure près. Tous les jours, à trois heures tapantes, il quitte le restaurant, balance un paquet de billets sur la table, avec toujours un pourboire exagéré, et s’en va écrire, à la seconde près, quitte à partir au milieu d’une phrase, sans finir son dessert ou son café.
N.C. : Ce qui suppose une sacrée volonté. D’autant qu’il buvait sec !
M.-A.B. : Une volonté de fer. Et préserver l’œuvre, il n’y avait rien de plus important, pour ce couple. Il faut se souvenir qu’ils ont découvert la philosophie ensemble. Beauvoir a joué un rôle bien plus grand qu’on ne s’imagine dans la philosophie sartrienne. Même si elle n’a pas écrit de textes philosophiques fondamentaux, elle en a écrit tout de même - Le deuxième sexe, pour une part, c’est bien de la philo. C’est notamment elle qui lui a fait découvrir Hegel. Ça se passe en 1940. Il est prisonnier en Allemagne, et elle, lisant Hegel à la bibliothèque nationale, lui écrit : « C’est très proche de vous. Il transforme en joie ce que vous regardez avec pessimisme, mais c’est très important. Il faut que vous le lisiez ! » À mon avis, le Hegel de La phénoménologie de l’esprit et celui de La philosophie de l’histoire ont profondément marqué L’être et le néant, et plus encore La morale, que Sartre n’a jamais achevée et qu’on a publiée après sa mort. Donc, il y a eu un vrai et long dialogue intellectuel entre Sartre et Beauvoir. Il lui soumettait tous ses textes. Elle lui soumettait les siens. Il les corrigeait. Ils se disputaient, comme on l’a vu dans notre film. Mais il y avait entre eux une intimité et une complicité intellectuelle et sentimentale, que je souhaite à beaucoup d’hommes et de femmes ! Cette complicité absolue, cette confiance totale dans le jugement de l’autre, sur l’œuvre et sur le comportement moral, c’est exceptionnel. Et quand Beauvoir dit à Sartre : « Là, ça ne va pas du tout, Sartre, arrêtez, c’est bon pour la poubelle ! » Il proteste mais se rend toujours à ses raisons. Il y a là une étonnante fusion des esprits !
N.C. : Il aurait détesté ces mots, mais il y avait quelque chose de mystique dans la rencontre de ses deux âmes !
M.-A.B. : Oui... disons plutôt de ces deux consciences, de ces deux « pour soi ».
N.C. : Avec la Russe Léna Zonina, le couple semble passer un cap décisif.
M.-A.B. : C’est l’interprète de Sartre à Moscou. Il la rencontre en 1961. C’est l’ancienne secrétaire d’Erimbourg, la fille d’un bolchévique qui a eu de gros ennuis avec Staline. Sa situation en URSS n’est donc pas terrible, mais Erimbourg la protège. C’est une femme d’une quarantaine d’années, rousse, belle, avec une volonté formidable. Sartre tombe vraiment très amoureux. Avec elle, il retrouve - ou découvre ? - un amour physique qu’il n’a pas connu avec les autres. Du coup, il se rend neuf fois en Union soviétique ! Ce qui ne va pas sans une certaine complicité avec le régime, malgré lui. Pas question d’avouer son amour. Il faut trouver des prétextes littéraires ou politiques ; le PC est ravi. Sartre y va avec Beauvoir qui le protège et qui est un merveilleux alibi vis-à-vis du KGB. Et là, Beauvoir va se montrer exceptionnellement généreuse, puisqu’elle ira jusqu’à lui dire : « Si je meurs, je veux que Lena me remplace auprès de vous, qu’elle soit à la fois elle et moi, et que vous quittiez toutes ces petites vieilles qui vous empoisonnent l’existence ! ». De fait, à un moment, Sartre pense réellement à épouser Zonina... pour la faire sortir d’Union soviétique. Evidemment les « amours contingents » n’ont pas la grandeur d’âme du Castor : ça piaille dans la famille ! Parce que là, c’est un amour profond. Les centaines de lettres à Zonina, encore interdites de publication par Arlette Elkaïm, l’héritière de Sartre, sont très troublantes. Sartre lui écrit tous les jours des lettres de dizaines de pages ! Et Le Castor en est émue pour son vieux compagnon.
N.C. : Dans votre film, quand l’héroïne dit qu’elle aimerait signer le même pacte avec son amoureux, Beauvoir la prévient : « Beaucoup ont essayé, la plupart ont échoué ! »
M.-A.B. : Les vrais couples qui durent sont de toute façon rares. Il y a quelques années, lors d’une réunion d’anciens membres de l’UEC (Union des étudiants communistes), nous nous sommes amusés à répondre à un questionnaire sur la fidélité à nos idéaux de jeunesse, quarante ans après. À la question : « Qui est resté avec la même femme ou le même homme ? » deux sur trente seulement ont levé la main - je n’en étais pas. Mais alors les couples qui durent sur la base d’un pacte « à la Sartre-Beauvoir », eux, sont franchement rarissimes ! Je n’en connais personnellement que deux... En général, ça se casse vite la figure. La mauvaise foi s’y met. Le mensonge rapplique. L’un des deux n’accepte pas, est plus jaloux que l’autre, se fait sadiser. Et ça se plante.
N.C. : Autrement dit, l’idée de ce pacte est un échec ?
M.-A.B. : Eh bien pourtant non ! Quoi que l’on puisse penser de cette alliance acrobatique entre un homme et une femme, je suis convaincu que l’attaque qu’ils ont portée contre la morale bourgeoise, par l’invention de ce pacte, au Louvre, un soir de l’été 1929, a été déterminante pour nous tous, surtout par sa légende. Nos couples, même déviés ou partiels, nos façons de vivre nos amours, nécessaires ou contingents, sont beaucoup plus proches de l’aventure de Beauvoir et de Sartre que de la morale bourgeoise des années 50. Les familles recomposées, les constructions extravagantes auxquelles on assiste aujourd’hui, tout ça ressemble davantage au « Pacte » qu’à la monogamie « ad vitam aeternam » qui était encore la norme sociale des années 50, quand Le deuxième sexe est sorti. D’ailleurs, ce livre a fait un scandale vraiment épouvantable. Aujourd’hui, c’est un livre adulé. C’est tout juste si les curés ne le lisent pas en chaire, eux qui savent désormais distinguer leur amour nécessaire pour Jésus, des amours contingents pour leurs épouses officieuses et organisées en syndicat !
N.C. : Nous serions tous plus ou moins les enfants de Sartre et de Beauvoir ?
M.-A.B. : Je le pense fondamentalement, oui. Des enfants infidèles et pervers, qui appliquons mal la théorie, parce que c’est une théorie pure et que les fondateurs eux-mêmes n’étaient pas parvenus à l’incarner dans leur vie réelle ! Cela dit, sur l’essentiel, ils ont tenu bon. Savez-vous quels ont été les derniers mots de Sartre, agonisant à l’hôpital Broussais ? Il a chuchoté à Beauvoir : « Vous êtes une bonne petite épouse. » Et il est mort. Alors elle l’a embrassé sur la bouche et elle s’est couchée à côté de lui. Aujourd’hui, ils sont dans la même tombe. Mais elle porte au doigt l’anneau de pseudo mariage que lui avait offert Nelson Algren.

Publié a "Nouvelles Clés" en 2008 sur "La revue qui donne du souffle à vos idées"

Michel-Antoine Burnier
Tout d'abord proche de Jean-Paul Sartre, Michel-Antoine Burnier participe comme rédacteur-en-chef à la création du mensuel L'Événement d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il participe ensuite avec Jean-François Bizot à la création d'Actuel dont il est le rédacteur-en-chef. Il est très proche de Bernard Kouchner ; leur rencontre remonte à leur militantisme à l'UEC au début des années 1960. En 1966, il publie Les existentialistes et la politique (édition Gallimard) qui reprend un mémoire présenté au diplôme de l'Institut d'Études Politiques de Paris en 1963 dans lequel il décrit le rôle de la revue Les Temps Modernes comme 'entreprise de dévoilement : dévoiler pour changer', pour être la mauvaise conscience de la gauche. Il entame dans le nº1 de L'Esprit libre une série historique économique, La Véritable Histoire des Français dont il n'écrit que le premier article.Avec Patrick Rambaud, Michel-Antoine Burnier a écrit une quarantaine de pastiches, allant du texte court au véritable livre tels que le Roland Barthes sans peine, Le tronc et l'écorce (François Mitterrand), La farce des choses (Simone de Beauvoir) ou Un navire dans tes yeux (Françoise Sagan). Parmi les autres victimes du tandem : Louis Aragon, Charles de Gaulle, Philippe Sollers, André Malraux.En 2006, Michel-Antoine Burnier s'associe avec Michel Contat pour écrire 'Sartre, roman', une fiction sur le célèbre écrivain, sa vie, son oeuvre et ses engagements politiques.


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Jean-Paul Sartre et Simone Beauvoir
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 15:32


Tombeau de Serge Gainsbourg à la cimetière de Montparnasse (Paris)
- photo Vasil Qesari -

La vie ne vaut d’être vécue
Sans amour


[Serge Gainsbourg]
Paroles de la chanson "La javanaise"

Serge Gainsbourg, (né Lucien Ginsburg le 2 avril 1928 à Paris et mort le 2 mars 1991 à Paris), est un auteur-compositeur-interprète et cinéaste français. Fils d'immigrants russes juifs, il rêva d'abord de devenir artiste-peintre. Par la suite, il devint célèbre en tant qu'auteur-compositeur-interprète et toucha à de nombreux styles musicaux, mais aussi au cinéma et à la littérature. Ses débuts sur scène ne furent pourtant pas aisés, en raison de son physique difficile. Toute sa vie, Serge Gainsbourg souffrit de ce sentiment de rejet et de cette image que lui renvoyait son miroir : celle d'un homme que l'on qualifiait de laid. Il a réalisé plusieurs films et vidéo-clips et composé plus de 40 bandes sonores. Enfin, il s'est créé l'image d'un poète maudit et provocateur. Les textes de ses chansons jouent souvent sur le double sens et montrent à son goût pour la provocation, en particulier érotique (Lemon Incest) ou pornographique (Love on the Beat). Serge Gainsbourg aime également jouer avec les références littéraires comme Alphonse Allais (l'Ami Caouette) ou Verlaine (Je suis venu te dire que je m'en vais). Cependant il considérait la chanson, et en particulier les paroles de chanson, comme un genre mineur, même s'il travaillait parfois la forme poétique comme certaines de ses rimes dans Comment te dire adieu ?.De relations en relations, Gainsbourg séduira de très jolies femmes, de Brigitte Bardot à "Bambou", Caroline Paulus de son vrai nom, avec qui il aura son petit dernier-né, Lucien, "Lulu", en passant par Jane Birkin, avec qui il aura sa fille Charlotte Gainsbourg. Gainsbourg a eu une influence considérable sur des artistes comme Bijou, Taxi Girl ou bien encore Étienne Daho.

VIE PRIVEE ET SENTIMENTALE

En 1951,Serge Gainsbourg se marie à Élisabeth Levitzky, fille d'aristocrates russes émigrés, avec qui il restera jusqu'en 1957. Il rencontre ensuite Françoise-Antoinette Pancrazzi, dite Béatrice. Le 7 janvier 1964, il se marie avec elle. Elle lui donne une fille baptisée Natacha le 8 août 1964. Après un deuxième divorce, il s'installe à la Cité internationale des Arts, dans une chambre d'étudiant, en février 1966. Ayant renoué avec Béatrice en 1967, ils ont un fils au printemps 1968, Paul, qui n'a jamais réellement connu son père.En 1968, il épouse l'actrice britannique Jane Birkin. Leur fille Charlotte Gainsbourg naît en 1971. Ils divorcent en 1980. Il a interprété, avec sa fille, le morceau 'Lemon Incest' dans l'album 'Love on the beat' en 1984. Il a également écrit et composé pour elle l'album 'Charlotte for Ever' en 1986. En 1981, il épouse une jeune mannequin, Bambou, dont il a en 1986 un fils, Lucien dit Lulu Gainsbourg. Gainsbourg demeure une présence influente et importante de la chanson française, sa musique sera par la suite fréquemment échantillonnée et réutilisée par des artistes aussi bien français (ex : MC Solaar pour Nouveau Western) qu'internationaux (par exemple, Massive Attack dans Karmacoma (Portishead experience) ou Jennifer Charles d’Elysian Fields, qui reprend 'Les Amours perdues', sur un album de reprises de Gainsbourg par des groupes de l'avant-garde new-yorkaise, sous l'égide du jazzman John Zorn). Mick Harvey, le guitariste de Nick Cave, a enregistré deux albums de reprise, Intoxicated Man (1995) et Pink Elephants (1997). L'album 'Monsieur Gainsbourg Revisited', sorti en mars 2006, regroupe 14 adaptations anglaises réalisées par Boris Bergman et interprétées notamment par Franz Ferdinand, Portishead, Placebo, Jarvis Cocker, Kid Loco, Gonzales, Feist, Tricky.Serge Gainsbourg imprime en outre durablement sa marque grâce à ses textes. Dans un style poétique, il n'hésite pas à produire des rimes complexes (Comment te dire adieu ?). Friand de jeux de mots, il s'appuie fréquemment sur le double sens. Les allusions érotiques sont de plus en plus fréquentes au fur et à mesure de sa carrière. Certaines de ses chansons marquent les mémoires par leur caractère provocateur, ainsi les allusions appuyées à la fellation dans 'Les Sucettes', qui provoquent l'émoi dans la bouche d'une France Gall d'à peine 18 ans. (Elle dira n'avoir compris le double sens du texte que des années plus tard). Puis c'est Jane Birkin feignant l'orgasme dans 'Je t'aime, moi non plus', tube planétaire. Gainsbourg flirte avec le tabou de l'inceste en compagnie de sa fille, la frêle Charlotte Gainsbourg : dans les années 1980, elle accompagne son père dans le duo 'Lemon Incest', titre évocateur qui suscitera une levée de boucliers. Il atteindra les sommets de la provocation érotique avec le tube 'Love on the Beat', véritable poème pornographique, dit par lui-même d'une voix monocorde et cassée. Il choisit des sources d'inspiration inattendues et les développe à sa manière : textes d'Alphonse Allais pour l'Ami Caouette, de Verlaine pour Je suis venu te dire que je m'en vais; musiques de Chopin pour Lemon incest et bien entendu de Rouget de Lisle pour Aux armes, et coetera. En dépit de cela, il ne cessera de répéter au fil des interviews qu'il considère la chanson comme un genre mineur, puisque ne demandant pas d'initiation, à la différence de la peinture, irritant Guy Béart à ce sujet dans l'émission 'Apostrophes' du 26 décembre 1986.



Tombeau de Serge Gainsbourg à la cimetière de Montparnasse (Paris)
- photo Vasil Qesari -

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 16:13



La tombe familiale de Charles Baudelaire
(Cimetière du Montparnasse)
- photo Vasil Qesari -

... J'ai toujours rêvé qu’un jour de ma vie, je puisse rendre hommage au plus grand poète du XIX siècle. Il a été depuis ma jeunesse mon idole. Je l'ai connu pour la première fois quand j'étais étudiant, par un livre de poèmes qu'un ami m'avait donné en me disant de faire attention et de parler a personne.

Dans l'Albanie communiste de l'époque, lire les "auteurs décadents" risquait le minimum, cinq ans de prison. J’ai lu Les Fleurs du Mal et c'était un choc. Mon être, ma vision sur l'art, mon existence a été bouleversée. Mes premières poèmes que j’ai commencé à écrire et que j'ai intitulé "La douleur de solar - plexus" n'étaient autre que une imitation des Fleurs du Mal 1). Et, voici, dans la vie humaine on ne doit dire Jamais, il y a des rêves qui par la chance au la providence, sont possibles a être réalisé… Et, un jour froid d’automne, gris et pluvial, j’ai eu cette émouvante rencontre avec le poète de mes souffrances juvéniles (par l'oppression totalitaire et la cruauté du régime ou j’ai vécu). Mon cœur battait en allant ou gisait mon Maitre, la dans la sixième division du cimetière de Montparnasse ou se trouve le tombeau familial, avec sa mère et son beau père, le chef de bataillon Jacques Aupick, que le poète détestait notoirement. La tombe était décorée de fleurs en hommage à son célèbre ouvrage. D'autres admirateurs souvent laissent, également, des petits mots ou des extraits de ses poèmes. Mais, plus loin, un beau monument rend hommage au poète. C’est une sculpture de José de Charmoy, inaugurée en 1902 et composé d'un gisant du poète surplombé de son buste qui contemple son propre corps. C’est la que j’ai pris les photos que vous voyez dans ce mon modeste hommage …

1) Les vers poétiques en langue albanaise qui se trouvent dans la rubrique "Poèmes - juvéniles" de mon blog SOLAR - PLEXUS, mis sous le titre: "Les douleurs du solar-plexus" http://solarplexus.over-blog.com/2-categorie-735879.html ,ont été écrits, il y a un plus de trente ans, dans l'obscurité de la vie totalitaire de mon pays. Elles sont gardées en pleine clandestinité, dans le secret et sont présentées pour la première fois aux lecteurs albanais. ( Si l'auteur de ces vers avait osé faire cette action pendant le régime stalinien, même dans un cercle limité d'amis, il risquait cinq à dix ans de prison. Plusieurs auteurs qui avaient écrit de tels vers ont connu ce cruel et tragique destin. ). A cette époque, je tenais des notes et j'avais osé écrire ces vers. En fait, je lisais, en clandestinité Charles Baudelaire que j'ai "découvert" grâce à mon vieil ami, Primo Shllaku, et c'était sous son influence que j'ai eu l'impulsion de commencer à écrire des poésies. Plusieurs de ces poésies font parties de mon "journal interdit",écrites vite fait et souvent sous l'effet des "spleens" de ce temps : c'est pour cela que je voulais les nommer symboliquement "Les douleurs du solar plexus". C'est-à-dire un parallélisme symbolique, une sorte de "Fleurs de Nuit" en faisant allusion au chef d'œuvre de Baudelaire "Les Fleurs du Mal". Parce que le Mal était là de manière permanente : cruel, macabre et cynique. C'est pour ce motif que ces vers sont l'expression d'un type de "Poème de Silence". Elles sont l'expression de la tristesse et dans le même temps, sa voix et son cri. C'est pour cela que mes poésies "ont été l’autel où je les posais des vases avec mes Fleurs de Nuit" - comme écrit mon ami Primo Shllaku, dans son recueil de poèmes "Fleurs de Nuit". Et c'est justement pour cette raison que ces poésies n'ont jamais vu la lumière du soleil ... Ce sont mes modestes poèmes, poèmes d’amour, de révolte et de résistance, écrites pour n’être jamais publiées, pour mon plaisir, c'est-à-dire pour "moi-même". Poèmes nés dans la nuit, en cachette, dans l'obscurité des jours, sans soleil ni lumière, dans le "spleen" d'une vie sans espoir, issue des regards interdits vers les frontières de l’étranger, bien gardée par des soldats armées de kalachnikov et entourées de bunkers et de fers barbelés ...



Le cénotaphe dedié à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)



Le cénotaphe dédie à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)



Le cénotaphe dédie à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)

Signé par José de Charmoy, ce cénotaphe, inauguré en 1902, est composé d'un gisant du poète, aux allures de momie égyptienne

***

LE REVENANT

Comme les anges à l'œil fauve,
Je viendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit ;

Ton âme à jamais je prendrai,
Tel un voleur je te déroberai,
Et le Diable présidant le sabbat,
Dans mon corps t'enfermera.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ton corps vide,
Et jusqu'au soir tu seras moi.

Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.

Charles Baudealire - Les fleurs du mal (LXIII)

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 21:25



BARBARA


Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


Jacques Prévert, Paroles

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Simbad en voyage

 

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HISTOIRES DE MER


Les histoires de mer ont parcouru le temps. Nous savons bien peu dechose des premiers navigateurs mais la Bible n’est pas avare de récits. Arche de Noë, Jonas, ouverture de la mer Rouge pour laisser passer les Hébreux. Dans l’Odyssée, si Ulysse met tant de temps pour regagner Ithaque après la guerre de Troie, c’est qu’il est très largement victime des pièges que lui tend Poséidon ...
 

 

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MILLE ET UNE NUITS


Simbad le marin est l'une des parties des Mille et Une Nuits, vaste recueil de contes élaboré par des générations d'auteurs entre le VIIIe e XIIe siècle. D'origine persane, ces contes se sont enrichis, par la suite, de nombreux apports arabes. Un palais magnifique, une gracieuse mélodie, des parfums enivrants ...


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VOYAGES DE SIMBAD


Toujours à la recherche d'aventures, Simbad reprend la mer et, comme à l'habitude, son navire s'échoue. Les sauvages nus avec lesquels il se retrouve leur donnent à manger une plante qui leur enlève toute volonté ...


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REVES ET FANTASMES


Dans le monde occidental en revanche, Les Mille et Une nuits suscitent un incroyable engouement dès leur traduction, nourrissant les rêves et fantasmes des Occidentaux sur l’Orient et stimulant l’imagination des peintres. C’est Antoine Galland qui réalisa, à partir d’une copie arabe, la première traduction en français (1704)
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VOYAGER


"Lorsque tu voyages, tu fais une expérience très pratique de l'acte de renaissance. Tu te trouves devant des situations complètement nouvelles, le jour passe plus lentement et, la plupart du temps, tu ne comprends pas la langue que parlent les gens. Exactement comme un enfant qui vient de sortir du ventre de sa mère. Dans ces conditions, tu te mets à accorder beaucoup plus d'importance à ce qui t'entour parce que ta survie en dépend. Tu deviens plus accessible aux gens car ils pourront t'aider dans des situations difficiles"(Paolo Coelho) ...
  

" Il s’appelle Simbad le Marin et possède une caverne pleine d’or "
( Alexander Dumas "Le Comte de Monte-Cristo" )


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