Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 21:32

Kiki de Montparnasse photographié par Man Ray,
peintre, photographe et réalisateur de films,
acteur du dadaïsme à New York, puis du surréalisme à Paris.




Kiki de Montparnasse ou Kiki, (née Alice Ernestine Prin le 2 octobre 1901 à Châtillon-sur-Seine - Côte-d'Or et morte le 29 avril 1953 à Sanary-Sur-Mer), surnommée la Reine de Montparnasse, fut modèle, muse et amante d’artistes célèbres, mais également, chanteuse, danseuse, gérante de cabaret, peintre et actrice de cinéma et anima le quartier Montparnasse durant l’entre-deux guerres (1921-1939).

Enfant illégitime, elle est élevée par sa grand-mère dans une grande pauvreté. À l'âge de douze ans, elle quitte Châtillon pour rejoindre sa mère, Marie Prin, linotypiste à Paris1. À treize ans, elle la retire de l'école pour la faire travailler comme apprentie.Alice est successivement brocheuse, fleuriste, laveuse de bouteille chez "Félix Potain" et visseuse d’ailes d’avion2. En 1917, elle est bonne à tout faire chez une boulangère, place St-Georges (Paris 9e). Se révoltant contre les mauvais traitements qu’elle subit, elle est renvoyée. Pour gagner de quoi vivre, elle pose nue chez un sculpteur. Ce qui cause une violente dispute avec sa mère qui l’expulse hors de chez elle malgré l’hiver. Elle est recueillie par le peintre Soutine. Elle fréquente la brasserie "La Rotonde" mais au bar seulement. Pour avoir le droit de s’asseoir dans la salle, une femme doit porter un chapeau. En 1918, elle se met en ménage avec un peintre juif polonais de 9 ans son aîné, Maurice Mendjizki.

Elle pose pour les peintres Amedeo Modigliani et Foujita dont le " Nu couché à la toile de Jouy " qui sera l'événement du Salon d'automne de 1922. Elle adopte sa coiffure au bol, ses yeux abondamment soulignés de khôl, ses lèvres peintes de rouge vif et le pseudonyme Kiki. En 1921, elle devient la compagne et le modèle préféré de Man Ray qui trouve son physique « de la tête aux pieds, irréprochable ». Il lui fait rencontrer les dadas Tristan Tzara, Francis Picabia et les surréalistes Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard, Max Ernst et Philippe Soupault. Elle commence également à dessiner des portraits pour les soldats anglais et américains qui fréquentent la Rotonde.

En 1929, Kiki devient la maîtresse du journaliste Henri Broca. Ce dernier fonde le magazine "Paris-Montparnasse" dans lequel paraissent les premiers chapitres du livre de souvenirs que Kiki s'apprête à publier. Malgré l’engagement du journaliste américain Edward William Titus, époux d’Helena Rubinstein, les autorités douanières refusent l’introduction du livre pour cause de propos jugés « scabreux ».
Kiki est élue « Reine de Montparnasse ». Cependant sa mère, puis Henri Broca sombrent dans la folie. Pour parer aux frais médicaux, elle fait le tour des boîtes de nuits où elle chante et danse. Elle se rend aux studios de la Paramount à Hollywood, mais sans résultat.

Buvant trop et se nourrissant mal, à 33 ans, Kiki pèse 80 kg. Ce qui ne l’empêche pas de poser pour le peintre Per Grogh qui trouvant sa « croupe très belle », lui fait penser « à un trois-mâts toutes voiles dehors ». En 1936, Kiki ouvre son propre cabaret "L'Oasis" qui deviendra "Chez Kiki". André Laroque, pianiste et accordéoniste de ce cabaret, agent des contributions indirectes le jour, devient son nouvel amant. Il aide Kiki à se déprendre de la drogue et tape à la machine ses souvenirs qui dormiront 65 ans avant d'être publiés. Kiki est inhumée au Cimetière Parisien de Thiais, dans une tombe reprise en 1974. Seul Foujita aurait assisté à son enterrement.





Gustaw Gwozdecki: Kiki de Montparnasse, 1920



Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 13:52



J'AI FAIM

J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi
je cherche dans le jour la bruit d'eau de tes pas.

Je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,

et le rayon détruit au feu de ta beauté,
je veux manger le nez maître du fier visage,
Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,

J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule
et je te cherche, et je cherche ton cœur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratùe.

Pablo Neruda
(La centaine d'amour)

(Neruda a écrit ces 100 « sonnets de bois » à son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.)

Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 13:38



LES VAGUES

Parmi les étoiles admirées, mouillées
Par des fleuves différents et par la rosée,
J'ai seulement choisi l'étoile que j'aimais
et depuis ce temps-là je dors avec la nuit.

Parmi les vagues, une vague, une autre vague,
vague de verte mer, branche verte, froid vert,
j'ai seulement choisi l'unique et seule vague
et c'est la vague indivisible de ton corps.

Vers moi toutes les gouttes toutes les racines
et tous les fils de la lumière sont venus.

Je n'ai voulu que ta chevelure pour moi.
Et de toutes les offrandes de la patrie
Je n'ai choisi que celle de ton cœur sage.

Pablo Neruda

"La centaine d'amour"
(Neruda a écrit ces 100 "sonnets de bois" à son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.)


Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 12:00

Un reportage de Nadine Cotreau et Vasil Qesari sur Eric Holder: "le meilleur écrivain français des moins de 50 ans", qui vit aujourdhui dans la Pointe du Médoc, entre Queyrac et Vendays ( Gironde).




Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 14:42


NOUS DORMIRONS ENSEMBLE

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensembles.

C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble.

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble

°°°

( en albanais)

NE DO FLEME BASHKE

E diel a e hënë qoftë
Mëngjes drekë a mesnatë,
Në ferr purgator a parajsë
Me njëra tjetrën dashuritë ngjajnë.
Ish dje që ketë ta thashë:
Ne do të flemë bashkë !

Ish dje e do jetë dhe nesër,
Se rruge e jetës sime je vetëm ti.
Zemrën kam lenë në të tuat duar
Bashkë me tënden në përjetësi:
Ne do të flemë bashkë !

Dashuria ime siç qe do jetë
Me krahë mbi trupin tënd mbuluar
Mbi ne qielli do rrijë si çarçaf
Me dashurinë trokitje drithëruar
Për aq kohë sa të dojë e jotja zemër:
Ne do të flemë bashkë !

Shqipëroi: © Simbad




Notes biographiques

Louis Aragon est un écrivain et poète français. Il entreprit des études de médecine après un baccalauréat obtenu en 1915. Il fit la connaissance d'André Breton, avec qui il se lia d'amitié. Mobilisé en 1917, il retrouvera son ami après la guerre et participera, avec lui et Philippe Soupault, à la création de la revue "Littérature" (1919). Après avoir publié un premier recueil de poèmes, il cherchera sa voie en participant à quelques manifestations du mouvement Dada, puis s'engagera dans des recherches littéraires, qui l'amèneront à exprimer sa propre conception du surréalisme (Une vague de rêve, 1924). Il deviendra d'ailleurs l'un des chefs de file du surréalisme. En 1927, année charnière de sa vie, il adhère au parti communiste. Sa rencontre avec Elsa Triolet marquera sa vie et l'amènera à se placer au service de la révolution. En 1932, il rompra pourtant avec ce surréalisme. Il va alors écrire de nombreux romans, ne ménageant pas la bourgeoisie décadente dont il était issu. Mobilisé en 1939, et communiste français, il n'a pas d'autre choix que de devenir clandestin en 1941. Il organisera un réseau de résistance en zone sud. Il revient alors à la création littéraire, et fait paraître sous le manteau des poèmes où se conjuguent patriotisme et élans amoureux (Le Crève-Cœur, Les Yeux d'Elsa, La Diane Française...). À la Libération, il publiera son roman le plus célèbre, Aurélien (1945), grand roman d'amour presque autobiographique, le quatrième volume de la fresque du Monde réel, qui est sans doute une des oeuvres majeures du XXe siècle. Le dernier volet de la fresque du monde réel sera l'oeuvre la plus militante d'Aragon : il deviendra membre du comité central du parti communiste jusqu'à la connaissance des atrocités commises par Staline. Il reviendra alors à son oeuvre.

Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 21:42


LE WAGON ROSE

À Elle.

L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...
Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la tête,
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup...

En Wagon, le 7 octobre 1870
Arthur RIMBAUD
(1854-1891)


Adolescent révolté contre les conventions sociales et la figure maternelle, Arthur Rimbaud fugue à plusieurs reprises. Il écrit notamment 'Rêvé pour l'hiver' durant sa fugue en Belgique, le 7 octobre 1870. Ce poème expose une rêverie sentimentale qui fait l'éloge de la sensualité et de l'érotisme (...). Ce poème est inspiré par une curiosité et un désir naissant pour les femmes, on y découvre une vision des rapports amoureux qui prend l'allure d'un jeu de colin maillard, d'une fête teintée d'érotisme.

°°°

(In English)

A Dream for Winter

In a railway carriage, October 7, 1870

In the winter, we shall travel in a little pink railway carriage
With blue cushions.
We shall be comfortable. A nest of mad kisses lies in wait
In each soft corner.
You will close your eyes, so as not to see, through the glass,
The evening shadows pulling faces.
Those snarling monsters, a population
Of black devils and black wolves.
Then you'll feel your cheek scratched...
A little kiss, like a crazy spider,
Will run round your neck...
And you'll say to me : "Find it !" bending your head
- And we'll take a long time to find that creature
- Which travels a lot...

Arthur Rimbaud
Par SIMBAD - Publié dans : DIVERS ( Te ndryshme )
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 19:52




REVIENS

Reviens souvent me prendre,
Sensation que j'aime,
Reviens me prendre,
Quand du corps s'éveille la mémoire,
Quand un désir ancien tressaille à nouveau dans le sang,
Quand se souviennent la peau, les lèvres,
Quand les mains croient sentir, croient toucher à nouveau.

Reviens souvent me prendre dans la nuit ,
Quand se souviennent la peau, les lèvres …

Konstantin Kavafis
(1863 -1933)


Né et mort à Alexandrie d'Egypte (1863 -1933) Constantin Cavafy, connu aussi comme Konstantinos Petrou Kavafis, ou Kavaphes (en grec Κωνσταντίνος Πέτρου Καβάφης), est un poète grec né à Alexandrie d'Égypte le 29 avril 1863. Il est mort dans la même ville, en 1933, le jour même de son 70e anniversaire. Très peu connu de son vivant, il est désormais considéré comme une des figures les plus importantes de la littérature du XXe siècle.


°°°

TORNA

Torna, prendimi spesso, amato spasimo
torna quando del corpo la memoria
si ralluma, in quegli istanti prendimi:
quando riagita il sangue le remote
sue voglie e a labbra e carne si agglutìnano
i ricordi, e sulle mani ancora
la sensazione del toccare infuria.
Torna più volte, prendimi di notte,
tutta la carne nel ricordo tendimi.


Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 13:46




 

Charles Baudelaire

L'albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


°°°

Ce poème est extrait de "Spleen et idéal", la deuxième partie du recueil "Les Fleurs du mal". Cette partie évoque l'homme déchiré entre l'aspiration à l'élévation et l'attirance pour la chute, déchirement à l'origine de l'envie nommé spleen, indissociable de la condition humaine et qui finit par triompher. L'albatros traduit chez Baudelaire la conscience d'être différent des autres. Baudelaire a recours à une image très suggestive pour dépeindre sa propre condition dans une société qui l'ignore complètement. L'image de l'albatros capturé évoque l'idée d'un être totalement étranger au monde qui l'entoure. Baudelaire faisait partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire non compris par les gens de son époque. Les trois premières strophes concernent l'albatros tandis que la dernière est dédiée au poète.
L'albatros représente la propre condition du poète déchiré entre son aspiration à l'élévation nommé spleen et sa condition humaine réelle. Baudelaire faisait partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire incompris par les gens de son époque. L'albatros vit dans l'espace aérien, ce qui signifie que le poète vit dans un monde imaginaire, libre, d'évasion, hors de portée, spirituel (celui de la pensée donc infini) et supérieur au bas monde social qui reste horizontal. C'est le poète qui s'amuse des flèches et des moqueries envoyés par ceux qui rasent terre. Un certain mépris leur est renvoyé. Baudelaire donne une image du poète vivant dans un monde à part.
Il se laisse porter au dessus et descendu sur terre devient maladroit, ridicule car dépaysé, loin de l'air, de la lumière, du pays qui lui ressemble : c'est pour ça qu'il ne sait pas marcher au rythme des mesquineries. Il s'exile sur le sol' comme l'albatros, le poète est inadapté monde des Hommes, il ne trouve pas sa place ; mais il est destiné à celui du Ciel. Il est la victime de la cruauté des Hommes ordinaires : l'albatros et en même temps le poète est agressé par les moqueries (hostilité avec 'huées'). Le poète est incompris de la société et ses ailes, c'est-à-dire son génie, le gêne.
Le dernier vers est admirable car il est synthétique du drame du poète : sa grandeur fait sa misère. L'albatros et le poète ont la même souveraineté, la même solitude, la même déchéance lorsqu'ils redescendent au niveau de la société. Baudelaire débute d'abord par un récit de voyage, puis glisse vers la ridiculisation de l'albatros pour finalement l'identifier au poète. Leurs points communs : la solitude, l'exclusion, le mépris et l'objet de railleries sont leurs lots quotidiens.



 

(traduit du français en albanais par Vasil Qesari)

ALBATROSI

Në lundrime te gjata mes honesh plot llahtarë,
Shpesh herë detarët thjesht për t’u zbavitur
Kapin albatrosë, madhështorët zogj të detit
Shoke t’i kene në udhëtimet e tyre të pafund ...

Dhe i lenë aty të lidhur keqaz mbi kuvertë,
Këta mbretër kaltërsish që ligshtaz katandisen,
Si lolo, krahë varur vajtueshëm e hequr zvarrë,
Tundur si çalashë mbi dërrasa paq të lemerisur.

Sa tuaf e qesharak ky shpend i lartësive !
Sa komik e shëmtaq, ai i bukuri i qiejve !
Nje e godet në sqep me çibuk e plaset gazit,
Një tjetër bën si i çalë e tall të ngratin fluturak !

Kështu edhe Poeti ngjan me këtë princ të reve
Që endet mes stuhish e qesh me shkrepëtima;
Mbërthyer në të huajën tokë mes talljesh mizore,
Me krahë madhështorë qës’merr dot fluturim ...

°°°

Par SIMBAD - Publié dans : "LES FLEURS DU MAL"
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