Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /Mai /2009 13:51



ADDIO

Je t’ai jamais aimé, chérie,
même avant de te connaître.

On est juste unis par ce coussin,
cette fleur brodée
et son négatif sur la joue.

( Traduit en français par Vasil Qesari )

Primo Shllaku - Descendant d'une famille d'artistes et de chercheurs reconnus, et de ce fait disgraciée par le régime dictatorial, Primo préféra se maintenir dans l'ombre pour ne pas avoir à subir, lui aussi, la persécution. Il fit néanmoins pendant vingt ans le petit maître de campagne, s'affrontant à des conditions de vie particulièrement défavorables. Féru de langues étrangères et de culture classique et moderne, il succombe lui aussi au "gène" de la famille et écrit des vers, qu'il prend bien soin de ne pas montrer. À la chute de la dictature, il en profite pour s'évader en Grèce. Après 2008 il s’installe à Tirana et enseigne la littérature albanaise à l’Université d’Elbassan et de Beograd (Serbie). Dès la publication de son premier volume, «Fleurs nocturnes (1994), il devient le poète admiré de la jeune génération et certains même l'identifient à un nouveau Baudelaire albanais. Ses deux volumes ultérieurs confortent sa notoriété, en révélant un poète sensible et très moderne.


(en albanais)

Primo Shllaku

ADDIO

Nuk të kam dashtë kurr, e dashun,
as atëherë para se me të njoftë.

Na bashkoi ky jastek,
kjo lule e qendisun
e negativi i saj mbi faqe.

Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /Mai /2009 13:38



CORPS DE FEMME

Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

Je fus comme un tunnel déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
Pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! Le vase des seins ! Ah ! Les yeux de l'absence !
Ah ! Roses du pubis ! Ah, ta voix lente et triste !

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.

Pablo Neruda 1924

Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 19:49



Façade du café Les Deux Magots, 6 place Saint-Germain-des-Prés. (Photo Vasil Qesari)

Le nom du Café "Les Deux Magots" a pour origine l'enseigne d'un magasin de nouveautés qui occupait jadis le même emplacement. Ce magasin, fondé en 1812, se trouvait initialement 23, rue de Buci, à l'angle de la rue de Seine ; il a été transféré en 1873, pour cause d'agrandissement, place St-Germain-des-Prés. De cette époque témoignent encore les deux statues qui ornent la salle de l'établissement. Vers 1885 le magasin de nouveautés laissa la place à un café liquoriste, à la même enseigne. Verlaine, Rimbaud et Mallarmé, entre autres, prirent alors l'habitude de s’y rencontrer. Verlaine, Rimbaud et Mallarmé, entre autres, prirent alors l'habitude de s’y rencontrer et de siroter l'absinthe en terrasse. Il faudra attendre les années 20 pour que les Deux Magots acquiert ses lettres de noblesse et devienne le quartier général d'artistes et d'intellectuels de gauche. En 1925 André Breton et ses amis surréalistes, Louis Aragon, Paul Eluard, Robert Desnos, Antonin Artaud s'y retrouvent régulièrement. Le Café Les Deux Magots a toujours joué un rôle important dans la vie culturelle de Paris. Créé en 1933, Le Prix des Deux Magots marque sa vocation littéraire. Fréquenté par de nombreux artistes illustres parmi lesquels Elsa Triolet, André Gide, Jean Giraudoux, Picasso, Fernand Léger, Prévert, Hemingway, Sartre, Simone de Beauvoir, pour ne citer qu'eux, il accueillit les surréalistes sous l'égide d'André Breton, bien avant les existentialistes qui firent les belles nuits des caves du quartier. Lorsque la nouvelle guerre pointe son nez, le café les Deux Magots devient un lieu où l'on débat politique. A la Libération, les existentialistes, avec en tête Sartre et Simone de Beauvoir y élisent domicile. Ils ont chacun leur table attitrée et viennent y écrire chaque jour sans relâche. Ils sont vite rejoints par Boris Vian et Albert Camus. Le St Germain mythique est né. Ecrivains et artistes étrangers comme James Joyce, Bertold Brecht ou encore Stefan Sweig, Picasso ou Hemingway ... y donnent leur rendez-vous. Aujourd'hui le monde des arts et de la littérature y côtoie aussi celui de la mode et de la politique.Le Café Les Deux Magots est fier d'être l'un des plus anciens cafés de Paris : le service y a conservé son caractère original. Les serveurs, en habit noir et blanc selon la tradition, servent encore certaines consommations (vins, champagne, alcools, whiskies) devant le client, avec présentation de la bouteille. Ils servent également le chocolat préparé à l'ancienne à partir de tablettes fondues dans du lait et le café, comme autrefois, dans de vrais pots apportés fumants à table.

www.lesdeuxmagots.fr



Vasil Qesari, assis dans un coin du café ‘Les Deux Magots’ près d'une dame inconnue - cliente permanente de ce local - justement à la place qu’occupait ou Jean-Paul Sartre qu’y venait presque quotidiennement, entre 1939 et 1965. C'est la qu'il écrivait et donnait ses rendez-vous. Il y a passé des heures à écrire avec Simone de Beauvoir et à partager ses idées. (Photo Git-le-Cœur)

Par SIMBAD - Publié dans : NOSTALGIE ( Nostalgji )
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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 17:49



EXISTENCE


Je ne puis dire que
Tu me manques
Pourtant
Tu n'es pas là
J'entends
Ton Nom
Je reconnais
Tes Formes
Ton Odeur
En tout être
En toute chose
Et même au delà.
Mais la multitude
La diversité
De Ta Présence
Si elles attestent de
Ton Existence
Ne sont pas tout à fait
Toi.
Elles ne mesurent que
L'étendue
De La Présence de
Ton Absence.

Maya Arriz-Tamza - Ecrivain et artiste d’origine berbère "chaoui" (né à Aurès - Algérie).
Un parmi les plus grands écrivains de la nouvelle génération d’artistes magrébine vivant en France.

***

(traduit du français en albanais par Vasil Qesari)

EGZISTENCE

S'mund të them
Se ti më mungon,
Por megjithatë,
Ti s'je këtu.
Dëgjoj
Emrin Tënd,
Ndjej Trupin
E Parfumin tënd,
Tërë qenien tende.
Kudo,
Bile edhe më tepër.
Njoh natyrën
Tekat, bukurinë
E Pranisë tende
Por edhe pse dëshmi
Të përsosmërisë,
Ato për mua s'janë
Ti !
Ato nuk paraqesin
Veç praninë e
Prezencës së
Mungesës Tende !

(Shqiperoi Vasil Qesari)

Maya Arriz Tamza ka lindur në Aurès (Algjeri) dhe jeton e krijon në Francë. Ai është një nga autorët më të njohur të letërsisë arabe të inspiruar nga Magrebi që botohet në Francë. Bën pjesë në gjeneratën e re të krijuesve afrikano - veriorë. Ndër veprat e tij më të njohura radhisim "Hëna dhe Oriani - tregime orientale (Paris Publisud -1987), romanet " Lypsari Zaid " (Publisud, 1989)."Hijet", "Diku në Barbari", "Psherëtima e Maurit ". Ai ka botuar edhe disa vëllime me poezi nga një prej të cilëve është marrë edhe kjo të cilën kam shqipëruar më lart ...

Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 22:27
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L'AMOUREUSE

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul Eluard
"Capital de la douleur"
Editions Gallimard - 1926

Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 22:38


LAQUELLE EST LA VRAIE ?

J'ai connu une certaine Bénédicta, qui remplissait l'atmosphère d'idéal, et dont les yeux répandaient le désir de la grandeur, de la beauté, de la gloire et de tout ce qui fait croire à l'immortalité. Mais cette fille miraculeuse était trop belle pour vivre longtemps; aussi est-elle morte quelques jours après que j'eus fait sa connaissance, et c'est moi-même qui l'ai enterrée, un jour que le printemps agitait son encensoir jusque dans les cimetières. C'est moi qui l'ai enterrée, bien close dans une bière d'un bois parfumé et incorruptible comme les coffres de l'Inde. Et comme mes yeux restaient fichés sur le lieu où était enfoui mon trésor, je vis subitement une petite personne qui ressemblait singulièrement à la défunte, et qui, piétinant sur la terre fraîche avec une violence hystérique et bizarre, disait en éclatant de rire: "C'est moi, la vraie Bénédicta! C'est moi, une fameuse canaille! Et pour la punition de ta folie et de ton aveuglement, tu m'aimeras telle que je suis!" Mais moi, furieux, j'ai répondu: "Non! non! non!" Et pour mieux accentuer mon refus, j'ai frappé si violemment la terre du pied que ma jambe s'est enfoncée jusqu'au genou dans la sépulture récente, et que, comme un loup pris au piège, je reste attaché, pour toujours peut-être, à la fosse de l'idéal.

(Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris)
Repris en 1864 sous le titre « Petits poèmes en prose »



Un recueil de textes en prose auquel Baudelaire consacra les dernières années de sa vie : c'est Le Spleen de Paris, qui ne sera publié intégralement que deux ans après sa mort. L'un des grands poètes du XIXème siècle- si ce n'est le plus grand - Baudelaire n'a jamais cessé d'écrire en prose. Ses premières publications furent celle d'un critique d'art (les Salons de 1845 et 1846) et d'un romancier (La Fanfarlo). Il conclut ses activités prosaïques par Le Spleen de Paris. Le sous-titre de l'œuvre, Petits Poèmes en Prose, amorce l'explication de cette confrontation entre prose et poésie dans l'œuvre de Baudelaire. Poète avant tout, il s'est toujours attelé à un décloisonnement des genres littéraires. « Sois toujours poète, même en prose... » Même si Le Spleen de Paris s'éloigne de l'exercice poétique par sa forme, il n'en reste pas moins de la poésie, attaché au langage métaphorique et imagé. Ce mélange des genres ne s'arrête pas là puisqu'on retrouve dans ce recueil des textes se rapprochant davantage d'une critique, d'un essai ou d'une nouvelle. En regroupant ces textes, Baudelaire ne crée pas un genre, mais s'adonne simplement à évaluer l'ensemble des potentialités de l'écriture.


(traduit du français en albanais par Vasil QESARI)


IDEALI DHE REALITETI


... Pata njohur një farë Benedikta, një vajzë çamarroke në sytë e së cilës shihja gjithmonë vetëm madhështi, bukuri, lavdi e gjithçka që mund të merret si e pavdekshme. Një vajzë e cila, ngado që shkonte rrezatonte e shpërndante një atmosfere plot Ideale. Por, ajo krijesë e mrekullueshme, ish shumë e bukur për të jetuar gjatë. Ajo vdiq, para ca ditësh, jo shumë kohë pasi u njoha me të. Dhe e varrosa me duart e mia, pikërisht në një ditë pranvere e cila sa kish nisur të shpërndante erërat e saj të mira...Po, isha unë që e futa ne dhè, të mbyllur brenda e të parfumuar si në arkëzat e Indisë! E, ndërkohë që isha ulur pranë saj e sytë e mi qenë ngulur në vendin ku prehej thesari im, prej dheut endè të freskët pashë të delte një krijesë e vockël e cila ngjante si dy pika uji, me të zgjedhurën e zemrës sime. Ajo u shfaq para meje duke më folur me një zë të çuditshëm, arrogant e plot të qeshura: - S'më njeh?... Jam unë !... Unë, Benedikta e vërtetë! Jam unë ajo vashëza e pacipë! U ringjalla për të ndëshkuar marrinë e verbimin tënd e, që ti, paskëtaj, të më duash pafundësisht!... Por unë i tërbuar, ia ktheva : Jo ! jo ! jo ! Dhe për të theksuar edhe me tepër zemërimin tim përplasa këmbën mbi dhé me aq shumë tërbim sa që ajo mu fut gjer në gju mbi balten e shkrifet të varrit e unë mbeta i ngulur në dhè si një ujk i rënë në çark, ndofta përjetësisht, në atë që ishte varri i Idealit tim ...

Sharl Bodler
Nga poemat në prozë « Le spleen de Paris »

Par SIMBAD - Publié dans : "SPLEEN DE PARIS "
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 15:24


L'huile sur toile de sir John Everett Millais, aujourd'hui conservée à la Tate Gallery de Londres, met en image la mort du personnage Shakespearien Ophelia, dans Hamlet. L'œuvre a été exposée à la Royal Academy en 1852.

OPHELIE

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles
- On entend dans les bois lointains des hallalis.


Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.


Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.


Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.


ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;


C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!


Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !

- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


(15 mai 1870)

 

 



(traduit du français en albanais de Vasil Qesari )


OFELIA


I

Mbi valën e qete e te zeze ku yjet flenë
E bardha Ofeli përkundet si zambak i madh
Noton lehte - lehte fjetur mes vellos se gjate
Zërat e natës për te këndojnë me kor ne pyll


Ka me se një mije vjet qe e trishtuara Ofeli
Noton, fantazme e bardhe mbi lumin e zi,
Ka me se njëmijë vjet qe e ëmbla marrëzi
Murmurit këngën e saj ne muzgjet plot mërzi


Era i puth gjinjtë e bardhe zbuluar si korale
E lulet e vellot mbi ujë e përkundin butësisht;
Shelgjet qajnë me dënese mbi supet e brishte
Kallamat feshferijne mbi balln' e saj ëndërrimtar


Te tulatur zambakët e ujit qajnë me dënesë;
Kur ndodh qe ajo zgjohet për një te shkurtër çast
Një krah zogu mbi peme dridhet plot me shprese
Nga yjet e arte lart një kënge misterioze zbret ...


II


O e zbehta Ofeli ! E bukur si dëbore !
Vdiqe vogëlushe e një lume me vete te morri !
Dhe erërat qe fryjnë nga malet e Norvegjisë
Me gjuhen e lirisë lehtas te folën ne udhëtim...


Një fryme e panjohur flokët t'i tund me shpoti
Shpirti yt ëndërrimtar ca tinguj te çuditshëm nxjerr;
Zemra jote e brishte këngën e Natyrës dëgjon
Ne rrafshina, peme dhe psherëtimat e netëve;


Një mëngjes prilli, një bukurosh djalosh i zbehte
I gjore e i marre ne gjunjë u ul pranë teje
E zhurm' e detrave plot dallge, grahme e pafund
Fryu mbi te bukurit e te butet gjinj te tu si fëmije ...


Qiell ! Dashuri ! Liri ! Jan' endrra o djalosh i marre !
Ndaj u shkrive ti ne trupn' e saj si bora ne zjarr
E vizione drithëruese t'i mbyten fjalët ne goje
- Dhe fundi i tmerrshëm t'i mbylli te bukurit sy blu


III


E poeti thotë se nga bardhësia e yjeve larte
Ajo zbret te kërkoje natën lulet qe ka këputur,
E ka pare mbi lume, shtrire mbi tyl te bardhe
Te bukuren Ofeli qe noton si zambak liqeni …


( Arthur Rimbaud - 15 maj 1870 )

( Shqipëruar nga Vasil Qesari )

Shenim:

Krahas nivelit te larte dhe misionit te rralle te poezisë se tij, miti Rimbaud e ka origjinën e tij edhe ne faktin se ai nisi te shkruaje poezi, qysh ne moshe fare te re. Ai nuk kishte veç 15 vjeç kur shkroi disa nga poezitë me te ndjera e me te "pastra" te poezisë franceze, nder te cilat "Sensation" dhe "Dormeur du val". Ne atë periudhe, poeti "njomëzak" adhuronte ne mënyre te veçante Baudelaire, gjë te cilën ai e kish thëne edhe ne poezinë e tij "Lettre du Voyant", por edhe ne një tjetër, te titulluar "Les Parnassiens". Me pas, tek ai vijoi ndikimi i autoreve te tille si Banville dhe Coppée, gjë te cilën ai e shfaqi ne poezitë e tij "Soleil et chair"dhe "Ophélie"por, e veçanta ne ketë rast qe se, ne poezitë e tij Rimbaud manifestoi hapur dëshirën e tij kembengulese për te thyer gjuhen e rëndomte te shkruar jo rralle, ne poezinë e asaj kohe. Miti Rimbaud përfshin gjithashtu - e me te drejte - edhe mjaft revolte. Ne kohen kur shkroi poezitë e tij te para, Rimbaud shfaqi mjaft pakënaqësi ndaj rendit politik te Napoléonit III -te e po ashtu nga borgjezia versajeze, ndërkohe qe simpatitë e tij për Komunën ishin te njohura. Ajo revolte u shfaq, krahas te tjerash edhe ne sulmet e tij te vrullshme prej adoleshenti ndaj Kishës, ndaj konformizmit mbytës se qytetit te tij te lindjes Charleville (À la Musique ) e po ashtu ndaj "burgut te familjes" gjë te cilën ai e shprehu ne poezinë "Les Poètes de sept ans". Kundërshtar i vendosur ndaj konformizmit te kohës, ai u tërhoq mjaft ndaj aventurës. Shume poezi te tij te periudhës se pare, evokojnë pikërisht arratisjet e tij nga "gjiri familjar ( Rêvé pour l'hiver) si edhe bredhjet e pafund ne fushat ardeneze (Ma Bohème). Megjithatë, Rimbaud, s'e kish nisur ende kohen e arratisjeve te tij te bujshme, atëherë kur udhëtimet u bene edhe pasioni me i madh dhe i vetëm i jetës se tij te shkurtër ( Ethiopie). Poezia "Ophelie" si edhe e mirënjohura "Bateau ivre",vene ne dukje pikërisht sensin e tij tepër te pasur imagjinar, nganjëherë sa te gjalle po aq edhe naiv, te mbushur plot fantazi e ëndërrime nga leximet e romaneve te Jules Verne si edhe te reportazheve, pak a shume fantastike, te botuara ne revistën " La Revue des deux mondes". Pare ne ketë këndvështrim, poezia e asaj periudhe, nuk është veçse një "zgjidhje" e përkohshme për t'u arratisur nga realiteti ndërkohe qe me pas, ai do te niste një udhëtim te gjate e te largët, te cilit do t'i përkushtonte trup e shpirt ... (Nga Vasil Qesari)

Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 12:51


HOMMAGE A GERARD PHILIPE

- Pendant l’obscurité, la peur et la vanité de la vie totalitaire, dans mon pays d’origine l’image de ce ‘monstre sacré’ du cinéma français a été pour moi et ma génération une source de lumière, de grands sentiments et d’espoir pour survivre, pour garder la liberté intérieure, la beauté de l'âme et pour rêver autres choses que la vie quotidienne du réalisme socialiste bref … une vraie vie, libre -

Vasil Qesari



En cette fin d'après-midi du 25 novembre 1959, il pleut sur Paris, une petite pluie glacée. Presque en même temps, la lumière s'est faite dans toutes les salles de cinéma de la capitale. Une voix s'élève au micro, une voix anonyme qui fige l'émotion : "Gérard Philipe est mort ce matin à son domicile parisien, rue de Tournon. Il avait trente-sept ans". Un silence de plomb, stupéfaction et émotion mêlées. Et puis, parce que c'est la loi du spectacle, la projection du film reprend.Resté jeune dans l'esprit de ses contemporains, il incarne la jeunesse éternelle.

***

Le cimetière de Ramatuelle

Le nom de Ramatuelle ne figure pas dans la liste des lieux à la mode de la Côte d'Azur.
Avant que le Cid du T.N.P. n'y vînt dormir son dernier sommeil, bien peu de gens savaient qu'à quelques kilomètres de Saint-Tropez se trouvait ce nid de maisons serrées les unes contre les autres et surplombant un mamelon à l'assaut duquel arbousiers, chênes-liège et
acacias ne se lassent pas de monter. C'est un lieu secret beaucoup plus que sauvage, comme peuvent rester secrets sous le soleil du Midi les vieux murs et les vieilles pierres, les maisons d'où les cris des enfants jaillissent, la place où le dimanche, comme sur toutes les places des villages de Provence, les paysans jouent aux boules, tandis qu'inlassable coule l'eau scintillante de la vieille fontaine brune et verte.

Aujourd'hui, alors qu'il n'est pas exagéré de dire que son cimetière est devenu, pendant des années, une sorte de lieu de pèlerinage, le village n'a pas changé d'aspect. Sur la place, l'ombre fraîche de l'arbre immense au tronc torturé soutenu par une dalle de ciment accueille toujours le touriste. Dans les ruelles étroites où parfois la couleur vive d'un volet fraîchement repeint attire l'attention, les maisons aux seuils fleuris continuent à se blottir les unes contre les autres, comme si elles se refusaient à sortir d'un éternel hiver. Au dessus de la boutique du maréchal-ferrand, une grande roue peinte en bleu est suspendue. Chaque dimanche, indifférents en apparence, vieux et jeunes continuent à jouer aux boules tandis que des cars s'arrêtent, que des automobilistes cherchent un coin où garer leur voiture et que le cimetière, en haut d'une petite montée, face à la flèche hardie et sans beauté d'un moment commémoratif, accueille un flot inhabituel de visiteurs. Dans les années qui suivirent immédiatement la mort de Gérard Philipe, ils arrivaient par cars entiers, ces curieux que le spectacle de la mort et de ses apparats attire toujours et qui restent souffle coupé quand cette mort frappe des êtres qui n'auront pas eu le temps de mesurer, selon le mot de Paul Giannoli "le sens profond de ce délire: vivre une vie humaine". Gens de tous âges et de toutes condi¬tions, gardant intact dans leur mémoire le souvenir de celui qui incarna si parfaitement la jeunesse et la beauté.

Les habitants de Ramatuelle regardent ces visiteurs sans curiosité ni hostilité. Les dérangent-ils dans leurs habitudes en ne respectant pas le silence et la discrétion du champ des morts? Au fond, peut-être sont-ils touchés et fiers que l'un des leurs, mondialement connu, soit ainsi honoré. Car Gérard Philipe faisait passionnément corps avec cette terre de Provence qu'il chérissait. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir les terres sur lesquelles il séjournait, jamais aussi longtemps qu'il l'eût voulu. Pas une seule fois, il n'a donné l'impression aux gens du cru d'être un parisien en vacances. Car ces haies où croissent sans contrainte l'aubépine et le chêne-liège, ces forêts de pins, ces rochers couverts de genêts épineux transformés au printemps en immenses boules d'or, ces vignes aux rangées nettes et aux feuilles poudreuses, lui ressemblent. A La Rouillère plus que partout ailleurs, il était chez lui; c'est là aussi, au milieu de ceux qu'il aimait, qu'il vécut sans doute quelques-unes de ses plus belles heures de sa vie d'homme.


La Rouillère, sous le soleil, vingt ans après. Un chemin assez large précédé de deux piliers ronds et ombragé par de hauts arbres; protégée de la route par une longue haie de ce que l'on appelle en Provence des canisses; des rangées de vignes impeccables, au sol fraîchement retourné, La Rouillère est là, avec ses murs roses, ses volets étroits clos, sa terrasse au dallage nu. Sur la gauche, abritée par des mimosas, se trouva longtemps la vieille Ford qui servait à Gérard pour ses promenades matinales à Saint-Tropez. Le temps paraissait n'avoir pas de prise sur la voiture grise à la peinture écaillée, comme immobilisée là à tout jamais, comme en attente de celui qui la conduisait avec beaucoup de fantaisie. Sur le tout régnait deux i gigantesques, ces cyprès vert sombre grâce à qui toute maison provençale a un aspect de Grèce antique.


Les champs sont nus, la maison fermée. Pourtant, dans la vigne si bien entretenue, un homme, des ficelles nouées en paquets pendants à sa ceinture, est penché sur les ceps. Il est indifférent à tout ce qui n'est pas son travail, il fait partie de cette terre qu'il a la charge d'entretenir. Un chemin traverse les champs, aboutit à la ferme semblable à tant d'autres, mais qui garde pour ceux qui savent que Gérard Philipe vécut là, une sorte de mystère, de fascination. Il semblait que plus jamais la vie n'y pourrait être co'mme avant, pareille à celle, jaillissante, des vacances heureuses. Et pourtant, la sérénité de cette campagne aux rites immuables est tout entière tournée vers la vie. C'est là qu'Anne Philipe, parce que c'était le vœu de Gérard, voulait que son mari fût enterré. Sous les arbres, entouré des terres qu'II aimait. Se heurta-t-elle à des difficultés insurmontables, à des textes de loi intransigeants? Ce vœu ne fut pas exaucé et ne le sera sans doute jamais.

Il faut parcourir quelques kilomètres d'une route serpentant entre de longues rangées de vignes, des chênes et des marronniers ornés au printemps de candélabres blancs et roses pour atteindre le petit cimetière de Ramatuelle. Une chapelle rénovée précède le nouveau carré où se trouve la tombe. presque solitaire quand le Cid fut enseveli, cernée de tombeaux m'assifs ou luxueux, indifférents, maintenant. Une simple pierre rectangulaire, et deux dates, qu'on lit à peine:


GÉRARD PHILIPE

4 décembre 1922 - 25 novembre 1959


Le sol nu, légèrement surélevé, entouré de cailloux noirs fichés dans la terre, est entièrement recouvert d'un lierre luxuriant, libre, complice, aux larges feuilles luisantes, qui s'insinue entre des pots de fleurs. Derrière la stèle croissent des églantiers aux fleurs roses et rouges; à côté un cyprès et un mimosa, à ce point saccagé dans les mois qui suivirent la mort du héros qu'il a fallu planter à côté une pancarte: "II est interdit de cueillir du mimosa. Merci". Une autre pancarte était placée au bas de la tombe; le soleil et la pluie ont maintenant effacé l'inscription peinte en noir: "Prière de ne rien déposer d'autre que des fleurs naturelles sur la tombe de Gérard Philipe". Le vœu est respecté; le lierre est seulement fleuri de branches de genêts épineux et, dans les pots, au fil des saisons, les fleurs s'épanouissent, puis se fanent. Les gens viennent là, peut-être un peu moins nombreux mainte¬nant, les mains vides ou chargées de bouquets; ils s'approchent, regardent, se recueillent, se signent parfois. D'autres prennent des photos. Il en est même qui photographient leur femme et leurs enfants à côté de la tombe. Cette simplicité, cette curiosité, cette désinvolture même ne sont pas sacrilèges, parce que tout est spontané et naturel, parce que tout vient du cœur.

 


Simbad ( Vasil Qesari ) - au tombeau de Prince du Cinéma Français - faisant hommage au son idole Gérard Philipe. 
(Cimentière de Ramatuelle - juin 1997)

Par SIMBAD - Publié dans : CINEMA ( Kinema )
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