Dimanche 5 février 2012
7
05
/02
/Fév
/2012
16:06
(photo Vasil Qesari)
contre le mur, le peloton d’exécution prêt à faire feu.
puis il a eu un sursis.
supposons qu’ils aient abattu Dostoïevski?
avant qu’il ait écrit tout cela?
je suppose que cela n’importait pas
plus que ça.
il y a des milliards de gens qui ne l’ont
jamais lu et ne le liront jamais.
mais jeune homme je sais qu’il
m’a aidé à supporter les usines,
les putes,
m’a aidé à traverser la nuit
et m’a remis
dans le droit chemin.
même lorsque j’étais au bar
à boire avec les autres
épaves,
j’étais heureux qu’ils aient accordé à Dostoïevski
un sursis,
ça m’en a donné un,
ça m’a permis de regarder en face
ces visages rances
faisant partie de mon monde,
la mort pointant son doigt,
j’ai tenu bon,
ivrogne immaculé
partageant l’obscurité puante avec
mes frères.
Charles Bukowski
(Dostoevsky)
Dimanche 5 février 2012
7
05
/02
/Fév
/2012
15:59
Un amour pour être ensemble
ou pour ne l’être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.
Un amour qui serait comme ouvrir les yeux,
Et peut-être aussi comme les fermer.
***
Roberto Juarróz - extrait
(Quinta Poesía vertical)
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:53
(photo Vasil Qesari)
Celui qui entre par hasard
Dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles
Ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois
Renferme davantage
De cris d'oiseaux
Que tout le coeur de la forêt
RENE-GUY CADOU
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:44
(photo Vasil
Qesari)
Si je fais couler du sable
De ma main gauche à ma paume droite,
C'est bien sûr pour le plaisir
De toucher la pierre devenue poudre,
Mais c'est aussi et davantage
Pour donner du corps au temps,
Pour ainsi sentir le temps
Couler, s'écouler
Et aussi le faire
Revenir en arrière, se renier.
En faisant glisser du sable,
J'écris un poème contre le temps.
EUGENE GUILLEVIC
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:38
(photo Vasil Qesari)
Tes mots sont ma maison, j'y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la
lumière bleue, ou verte. C'est exactement le paysage que j'aime, il a le visage de ta voix. La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s'écrit
en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses. L'...arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l'interstice des
branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d'hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre
à reconnaitre l'existence ? La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est
bien.
ILE ENIGER
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:33
(photo Vasil Qesari)
Entre le sommeil et le songe,
Entre moi et ce qui en moi
Est l'être que je me suppose,
Coule un fleuve sans fin.
Il est passé par d'autres rives,
Toujours autres et plus lointaines,
Au cours de ces nombreux voyages
Que connaissent les fleuves.
Il est arrivé là où j'habite à présent
Cette maison qu'à présent je suis.
Il passe,si je ne médite;
Si je m'éveille,il est passé.
L'être que je ressens et qui se meurt
Dans ce qui m'enchaîne à moi-même
Sommeille où le fleuve s'écoule
Ce fleuve qui n'a pas de fin
FERNANDO PESSOA
Cancionero - Extrait
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:29
(photo Vasil Qesari)
Il faut rêver à haute voix, il faut chanter jusqu'à ce que le chant s'enracine, tronc, branches, oiseaux, astres, chanter
jusqu'à ce que le chant engendre et que sourde de la côte du dormeur l'épi rouge de la résurrection, l'eau de la femme, la source pour boire et se voir et se reconnaître et se reprendre, la
source pour se savoir homme, l'eau qui se parle à elle même dans la nuit et nous nomme de notre nom... la vie et la mort ne sont pas des mondes contraires, nous sommes une seule tige avec des
fleurs jumelles, il faut désenterrer la parole perdue, rêver vers l'intérieur vers l'extérieur, déchiffrer le tatouage de la nuit et regarder midi dans les yeux, lui arracher son masque, se
baigner dans le soleil et manger les fruits de la nuit, épeler l'écriture de l'étoile et du fleuve, écouter ce que disent le sang et la marée,la terre et le corps, revenir au point de
départ...
OCTAVIO PAZ
Dimanche 8 janvier 2012
7
08
/01
/Jan
/2012
17:21
(photo Vasil Qesari)
J’ai laissé mon enfance dans les sentiers.
Je l’ai cachée de buisson en buisson.
Petit rêveur qui voulait se perdre peut-être,
pour que, toujours enfant, il retrouvât un jour,
en jouant avec les pierres
toute l’émotion tapie.
ANDRE FRENAUD