POETES & POEMES ( Poetë & Poezi )

Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 11:56

Vasil-Qesari--1.jpg(photo Vasil Qesari)

La nuit lave l'esprit

Ensuite, on est ici, tu le sais bien,
des files d'âmes au long de la corniche,
l'une au bond prête, l'autre presque dans les chaînes.
Quelqu'un sur le feuillet de la mer
trace un signe de vie, inscrit un point.
De loin en loin, un goéland paraît

Mario Luzi

Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 11:30

photo-Vasil-Qesari.jpg(photo Vasil Qesari)

Le sommeil et la mort, les aigles sombres,
Cernent toute la nuit d'un bruissement d'ailes
Cette tête, image d'or de l'homme :
Vienne l'éternité sous sa vague de glace
L'engloutir ! Aux récifs d'épouvante
... Le corps pourpre se déchire
Et la voix d'ombre
Se lamente au loin sur la mer.
Sœur d'orageuse mélancolie,
Vois, une barque angoissée sous les étoiles
Sombre
A la face muette de la nuit.

Georg Trakl


Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 11:26

Vlora---ma-ville-natale.jpg

(photo Vasil Qesari)

SILENCE

Je connais une ville
qui chaque jour se remplit de soleil
et tout alors est emporté
Je m'en suis en allé un soir
Dans le cœur persévérait la crécelle
des cigales
Du bateau
verni de blanc
j'ai vu
ma ville disparaître
laissant
un instant
une accolade de lumière dans l'air trouble
en suspens.

Giuseppe Ungaretti

Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 11:20

Vasil-Qesari.jpg(photo Vasil Qesari)

Métamorphose marine :
Peu à peu l'amour enrobe
La graine du chagrin ;
La douleur parfait sa perle
Toute une vie
Sous les vagues.

Kathleen Raine

Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 12:07

Reves---Florbela-Espanca.jpg

REVES

J’ai rêvé que j’étais ton amante chérie
Ton amante heureuse et jalousée
J’ai rêvé que j’avais une maisonnette blanche
Bâtie au bord d’un ruisseau

Tu venais me voir, mystérieusement
À des heures mortes quand la terre se fait moine
Qui prie. Je sentais, follement,
Battre mon cœur quand au loin

J’entendais tes pas. Et avide,
J’étais dans tes bras en un instant
Fixant tes yeux avec amour !

Et vois-tu, mon merveilleux, mon doux chagrin :
Je me suis réveillée les yeux pleins d’eau
En entendant ta voix en un long adieu !


Florbela Espanca


Florbela-Espanca-biographie.jpg

Florbela Espanca
(1894-1930)

.... est une des plus grandes poétesses portugaises. La poésie de Florbela est caractérisée par l’emploi des thèmes de la souffrance, de la solitude, du désenchantement, alliés à une immense douceur et à un désir de bonheur et de plénitude qui ne sont accessibles que dans l’absolu de l’infini, dans le parfait. La véhémence passionnelle de son langage centré sur ses propres frustrations et désirs ardents est d’une sensualité qui va parfois même jusqu’à l’érotisme. Florbela n’est pas clairement liée à quelconque mouvement littéraire. Elle est pourtant plus proche du néo-romantisme et de certains poètes de la fin du siècle, que de la révolution moderne qui l’entoure. Elle a dépassé les excès et a cultivé la passion, avec une voix franchement féminine. Sa poésie a suscité au fil des années l’intérêt des lecteurs et des chercheurs. Elle est considérée comme l’une des plus grandes figures féminines du début du XXe siècle. Elle se suicide dans la nuit du 7 au 8 décembre 1930 à Matosinhos après avoir ingéré une trop forte dose de véronal (un somnifère).

 

 

Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 16:45

machado.jpg(photo de Vasil Qesari)

 

VOYAGEUR

Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer.
Voyageur, le chemin
C'est les traces
de tes pas
C'est tout ; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler.
Voyageur ! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.

Antonio Machado

Les deux plus grands poètes espagnols du XXème siècle, Federico Garcia Lorca, assassiné à Grenade en 1936 et Antonio Machado mort en exil à Collioure en 1939, furent tous deux victimes du Franquisme. Moins éclatante et audacieuse que la poésie de Lorca, mais empreinte d'une sagesse et d'une profondeur qui lui donne une portée égale à celle des plus grand poètes de tous les temps, de Khayyam (Perse) à Umberto Saba (Italie), l'œuvre de Machado interroge constamment les grands mystères de la vie humaine, dans une contemplation attentive des hommes et du monde.

Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 20:55

je-me-demande.jpg

...
je me demande encore ce qu'est l'amour
cette folie de faire tourner le monde
autour d'un même centre rose et mortel
je sais qu'il n'est pas de réponse je sais
... que c'est se vouer à la perte et aux larmes
mais malgré tout j'ouvre les bras je dis oui.
Jacques Ancet
"La brûlure"
(Lettres Vives 2002)

Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 13:21

nocturnes.jpg
(Bordeaux - photo Vasil Qesari)

NOCTURNES        

Me voici marchant la nuit dans les rues
d'une ville ancienne et secrète.
Je marche et, en même temps, je me perds
comme un labyrinthe de pierre et de nostalgie
Me voici marchant entre deux femmes.
L'une a des cheveux très noirs.
L'autre a des yeux très bleus.
Mais je ne pense qu'à celle qui dort
avec le parfum des narcisses,
entre brumes et phares,
là-bas sur l'autre rive de la mer des dauphins.

Antonio Colinas

Poète, romancier, biographe, romancier, essayiste et traducteur né à La Bañeza, León, en 1946. À l’université de Madrid, il suivit des études Techniques et d’Histoire. Durant plusieurs années, il fut lecteur d’espagnol dans les Universités italiennes de Milan et de Bergame où il réalisa d’excellentes traductions d’auteurs italiens parmi lesquels figurent Giacomo Leopardi et la poésie complète du Prix Nobel Salvatore Quasimodo. C’est un des poètes le plus célébré dans la littérature espagnole de ces dernières décades.

 


 
 
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