Partager l'article ! Sabine SICAUD - Le chemin de l'amour: Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi Avec ton beau ...
Amour, mon cher Amour,
je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d'accent, de cœur et d'âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m'as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t'avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu'oserait le ciel contre nous maintenant ?
Sabine SICAUD
(1913-1928)
Recueil 'Chemins
Sabine Sicaud, née en 1913, morte en 1928 d'une maladie des os dans de cruelles souffrances, était poète. Elle aurait plus de 90 ans, elle n'en a eu que 15 ! Quelques uns (unes) voient en elle une des grandes poétesses de langue française. Elle vécut et mourut dans une maison qui s'appelait "Solitude" à Villeneuve/Lot. "Les premiers poèmes de Sabine (poèmes d'enfant) ont été publiés à Poitiers lorsque Sabine n'avait que 13 ans (avec une préface par Anna de Noailles). Les poèmes posthumes ont été publiés par Stock, avec une introduction de François Millepierres. Sabine a gagné de nombreux prix de poésie. Elle a reçu l'admiration d'Anna de Noailles, Jean Richepin, Marcel Prévost, etc. C'est ce dernier qui a attesté publiquement de l'authenticité des poèmes de Sabine. En fait, à son époque, presque personne ne doutait que les poèmes étaient de sa main. C'est plus tard que certaines personnes ont refusé de croire qu'une enfant puisse être aussi douée. Malgré tout, c'est la minorité. La majorité ne doute pas de leur authenticité. Qui d'autre pourrait d'ailleurs parler de la maladie et de la douleur avec de tels accents? On n'a plus grand chose à apprendre quand à 12 ans on a déjà écrit: s
"Vous qui lisez, le front penché, dans une chambre,
ne sentez-vous donc pas qu'au seuil froid de novembre
tout ce maroquin neuf et ces parchemins d'or
sont faits pour que, ce soir, on traduise dehors,
uniquement les strophes du platane? "
Elle écrivait aussi, peu de temps avant sa mort, au jeune homme aimé en rêve qu’elle appellera Vassili
:
N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été,
Dans la paille des meules,
Dans le bois sec de ton armoire,
Si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cri du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid,
Ce soir, ne nie pas le soleil.
La main des dieux,
Tu peux refuser de la prendre.
La main du mendiant, tu
Peux aussi.
Toutes les mains qui frôleront la tienne,
Tu peux les oublier.
La main de ton ami,
Ferme les doigts sur elle,
Et serre-la si fort que le sang de ton cœur
Y batte avec le sien au même rythme.
Ne regarde pas si loin, Vassili,
Tu me fais peur.
N’est-il pas assez grand le cirque des steppes ?
Le ciel s’ajuste au bord.
Ne laisse pas ton âme s’échapper
Au delà comme un cheval sauvage.
Tu vois comme je suis perdue dans l’herbe.
J’ai besoin que tu me regardes, Vassili.
Tu te chaufferas au feu de paysan ?
– Je me chaufferai au feu de paysan.
– Tu auras de vieilles lampes à pétrole ?
– Je les aurai.– Un jardin de curé ?
– Un jardin de curé.
– Et un pot de basilic ?
– Et deux pots de basilic.
Et ta pitié pour moi et ma pitié pour toi.
Ses poèmes étaient rassemblés dans trois recueils : "Premiers poèmes", "Chemins" et "Douleurs, je vous
déteste". Actuellement aucune de ses oeuvres n'est publiées au niveau national et elle n'apparaît dans aucune des anthologies les plus importantes (alors qu'il y a plus d'émotion, de vérité et
de poésie dans certains de ses vers que dans bien des "productions poétiques"); une biographie "Sabine SICAUD ou le Rêve inachevé" ( reproduisant la plupart de ses poèmes) a été écrite en 1996
par Odile Ayral-Clause, professeur de français dans une université de Californie, toujours disponible aux Cahiers d’Aquitaine ( éditeur indépendant de Bordeaux ), et, aussi, un recueil :" Les
poèmes de Sabine Sicaud " édité par Stock en 1958 et diffusé encore par la Librairie Quesseveur a Agen .