Partager l'article ! Cinema Paradiso - Le merveilleux monde du cinéma !: Cinema Paradiso Ce merveilleux monde du cinéma !... (souvenirs d ...
Cinema Paradiso
Ce merveilleux monde du cinéma !...
(souvenirs d’adolescence)
J’ai vécu, dans mon enfance, un grand amour pour un lieu presque sacré, l’unique cinéma de ma petite ville dont je garde de superbes souvenirs. C’était un cinéma avec un plateau et un étage, propriété d’un médecin qui a fuit le pays, avant que les communistes ne prennent le pouvoir et que l’état socialiste ne supervise la programmation. J’avais 10-12 ans quand j’ai commencé à fréquenter le cinéma. A l’époque se projetaient beaucoup de films soviétiques, la plupart sur la "guerre patriotique" contre les nazis allemands, mais aussi des films réalisés d’après les romans de grands écrivains comme Tolstoï, Tourgueniev, Gogol, Gorki, et autres de la nouvelle génération du "réalisme socialiste".
Cela dura jusqu’à la fin des années ’60, avant la rupture avec les soviétiques (à cause du processus de déstalinisation mené par Nikolaï Khrouchtchev) où nous vîmes les derniers films de Sergei Bondarchuk ,"Le Destin d'un homme" et "Le paisible Don", et "Quand passent les cigognes" de Mikhaïl Kalatozov. Après cette époque, arrivèrent sur les écrans des mélodrames, des films du cinéma égyptien et indien. L’acteur et le réalisateur Raj Kapoor est devenu un véritable héros. La foule s’entredéchirait pour obtenir un billet pour aller voir ses films, "Awaara" et "Shree 420".Puis, après la rupture avec l'Union Soviétique, il y eut une période de "tolérance" envers l’Occident et les films du néoréalisme italien, ont donc fait leur apparition sur les écrans de cinémas albanais. Nous avons ainsi eu la chance de voir des films de Roberto Rossellini, de Vittorio de Sica (Le Voleur de bicyclette), Lucchino Visconti, Giuseppe De Santis, etc. Mais, en réalité, nous n’avons pas vu les chef-d’œuvre de Pier Paolo Pasolini et de Federico Fellini ; le Comité central du parti communiste avait mis en place une Commission Nationale de choix des films, interdisant notamment "toutes les formes d’art décadent, bourgeois et révisionniste... "
... moi - jeune et rêveur ...
Ensuite, fin des années 60 et début des années 70, ce fut "notre période d’or" : sur les écrans de cinémas albanais furent alors projetés des films français, entre autres des films de "cape et d’épée", et d’autres traitant des sujets sociaux avec les idées de la gauche française. C’est à cette époque que notre amour pour la France a pris toute sa valeur, plus qu’aucun autre pays au monde grâce en particulier aux acteurs tels Jean Gabin, Bourvil, Fernandel, Gérard Philipe, Jean Marais, Bernard Blier, Jean Paul Belmondo, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon, sans oublier Brigitte Bardot. Bref, c’est dans cette salle du cinéma de Vlora, pleine de monde, que j’ai vécu mes premières grandes émotions ; c'est là où j’ai commencé à découvrir le monde, les plus beaux baisers, les merveilleux visages des plus grandes actrices Tatiana Samoïlova (Татьяна Самойлова), Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Alida Valli, Claudia Cardinale, Antonella Lualdi, Brigitte Bardot (et aussi des acteurs comme : Totò, Vittorio Gassman, Massimo Girotti, Nino Manfredi, Franco Nero, …).
Là, sur un grand drap gris, plein de poussière, et où l’on projetait les films avec un vieil appareil soviétique de Moskvafilm -
j’ai vu et vécu mes rêves d’adolescent, mes premiers frissons d’amours imaginés avec des visages du cinéma français comme Brigitte Bardot, Danielle Darrieux, Mylène Demongeot. Et bien sûr, les
célèbres et inoubliables baisers … quand les spectateurs dans la salle, sifflant et interpellant le vieil opérateur du cinéma Quani en lui disant :
- Qani, fais stop sur image !
Et, quand j’ai vu pour la première fois "Cinema paradiso" de Giuseppe Tornatore, j’ai revécu pleinement tous les souvenirs de mon adolescence, exactement comme le petit personnage, Renato. Quel film, quel sujet ! Et cette jeune femme superbe, avec une sensualité dévastatrice. Quel bel amour caché d'un adolescent, pour une femme "interdite".
Cinéma, cinéma !
Sans toi, mon âme, serait pauvre et vide ...
Vasil Qesari
9 novembre 2010
... une photo que Jean Marias m'as envoyé un mois avant sa mort ...