Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /Déc /2009 18:52
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Le grand peintre
Onuphre
de Néokastra



Au cours du moyen âge jusqu'à l'invasion turque, à quelques exceptions près, l'Albanie faisait partie de l'Empire byzantin. De même, il faut tenir compte de ce que l'Eglise en Albanie, dans sa majeure partie, a été du rite oriental. Par l'intermédiaire de l'Eglise, dans l'Albanie médiévale, en même temps que la langue des cérémonies liturgiques en grec, aussi la littérature religieuse laissa son empreinte, au même titre que l'architecture et la peinture. Il faut reconnaître que le trésor artistique réalisé par le peuple albanais au cours du moyen âge, notamment dans l'iconographie et dans l'enluminure, est extrêmement réduit par suite des circonstances historiques très difficiles. En Albanie, dans le domaine des arts figuratifs, les productions médiévales les plus anciennes, qui ont survécu jusqu'à ce siècle, sont celles des manuscrits religieux à enluminures, qui commencent des codes du IXe siècle et continuent jusqu'au XIVe siècle, à l'exception du code du VIe siècle qui est le plus vieux et qui est connu dans la littérature spécialisée sous le nom de "Codex Beratinus purpureus".

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Les icônes d'Albanie du XII-XIIIe siècle se caractérisent par le style calligraphique byzantin et par une belle construction artistique, aussi bien dans l'ensemble de la composition que dans le modelage des détails, dans leur minutie. A la domination ottomane, lorsque l'économie était en détresse, il n'était pas possible de bâtir de grandes églises et de les parer de peintures murales. Probablement pour éviter l'absence des scènes des festivités dans les quelques églises pauvres et petites qu'on bâtissait, le clergé cherchait à peindre les scènes sur de petites icônes et on se mit à placer celles-ci sur les iconostases des chapelles qui ont été les premiers édifices du culte après cette domination. Les icônes du XIVe siècle conservées jusqu'à nos jours sont celles de Berat et de Korçë. Les figures de ces icônes, dans leur structure, ont pour caractéristiques principales, en général, presque les traits connus dans l'iconographie byzantine.

C'est du même style que sont toutes les icônes d'Albanie du XIVe siècle; toutefois, par suite des traits plus intéressants qu'on remarque dans la plastique avancée de la silhouette harmonieuse, dans le regard puissant des grands yeux aux sourcils hauts, qui captivent le spectateur, la figure de Saint Michel de Mborje, grandeur nature, s'impose par sa beauté artistique, ne manque pas de frapper l'observateur. En effet, cette œuvre peut être considérée comme l'une des plus belles productions artistiques dans toute la création artistique de Byzance en général au cours du XIVe siècle.

Dans ces icônes du XIVe siècle d'Albanie, on remarque également des particularités locales, qui les varient notablement de la production iconographique des autres pays. Malgré les circonstances très difficiles de la domination étrangère, le peuple albanais se reprit graduellement et, vers le milieu du XVIe siècle, il commença de nouveau à développer ses traditions sur le plan culturel et artistique. A cette époque, en Albanie apparaissent de nouveau les peintres albanais avec leur activité artistique aussi bien dans la peinture murale que dans l'iconographie. Le premier parmi les peintres albanais qui apparut pendant cette époque historique, ce fut Onuphre de Néokastra (Elbasan), avec une activité artistique authentique aussi bien dans la peinture murale que dans l'icône. Après Onuphre apparaissent d'autres peintres, tels Nicolas, fils d'Onuphre, Jean, collaborateur de Nicolas en peinture, et d'autres peintres anonymes, qui ont tapissé les parois des édifices du culte dans plusieurs régions de l'Albanie.

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Avec la production d'Onuphre et de son fils Nicolas commencent à apparaître des ensembles de petites icônes des iconostases qui continuent à se multiplier graduellement au cours des siècles par les peintres albanais postérieurs. Abstraction faite des peintures murales d'Onuphre, parmi les créations de ce peintre éminent d'icônes, nous connaissons, conservées jusqu'à nos jours en Albanie, les icônes de l'iconostase de l'église de l'Evangélisme et celles de l'iconostase de l'église Saint-Démètre; parmi celles de son fils Nicolas nous ne connaissons que les petites icônes de l'église de Vlaherne. Ces églises se trouvent, toutes trois, dans la citadelle de Berat. La peinture d'Onuphre voit le jour et se développe dans le sillage de la tradition du grand art byzantin, mais le puissant talent de ce maître, sous l'influence des idées nouvelles engendrées par les circonstances politiques du pays et les brillantes réalisations de l'art occidental de l'époque, modifie les normes dictées d'avance de la vieille peinture byzantine et introduit des éléments de la vie active.

Onuphre réussit ainsi à créer son art propre, aux traits individuels, un art pénétré d'un esprit de tendance réaliste, avec dei réalisations qui, sur le plan artistique, atteignent des sommets élevés d'un intérêt particulier. Le style artistique d'Onuphre, avec sa haute précision, a exercé une profonde influence et il a été suivi par tous les peintres apparus plus tard, par son fils Nicolas et d'autres. Il se créa ainsi en Albanie un courant artistique aux réalisations éclatantes, mais dans les circonstances très difficiles qui suivirent, ce courant ne put ni continuer ni se développer. Au cours du XVIIe siècle, les iconographes albanais, avec leur créations artistiques, ont décoré d'icônes un grand nombre de monuments en Albanie centrale et méridionale; à Berat, Voskopoje, Vithkuq, Lubonje, Postenan, Radove, dans la région de Lunxherie et ailleurs. Dans les icônes du XVIIIe siècle, qui sont nombreuses, on aperçoit le sillage de la tradition artistique byzantine, qui à la longue se banalisait, bien qu'on y remarque des éléments de l'époque, qui traduisent le niveau artistique.

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A cette époque-là, on a, en Albanie, des icônes d'ateliers artisanaux, qui déploient des efforts pour imiter à leur façon des icônes du style byzantin. Ces icônes sont caractérisées par un style naïf, mais d'intérêt historique et attrayant par leur naïveté même. Le XVIIIe siècle est caractérisé en Albanie par une reprise assez intense sur le plan économique et social, par l'essor du commerce des villes, par la construction de nombreux établissements du culte et par leur agrémentation de productions d'art de tout genre. Historiquement on sait que, à cette époque, on assiste à une consolidation des positions des féodaux albanais et à un certain apaisement du pays. Parmi ces peintres citons les plus éminents: David Selenica, de Selenice de Kolonje, Constandin Shpataraku, de Shpat d'Elbasan, Constandin et Athanase Zografi avec leurs fils, originaires de Potkozhan de Mokër, Georges et Jean Çetiri, avec leurs fils et leurs petits-fils originaires de Lavdar d’ Opar, Nicolas Guga, originaire d'un village de Myzeqe.

Les icônes des peintres albanais du XVIIIe siècle en Albanie, que nous avons appelés de l'école locale de Korçë, comme cela est constaté en général pour toute la peinture de ce siècle, outre la tradition locale, reflètent des influences nombreuses de la peinture du Mont Athos et de l'art occidental de l'époque. Chez les peintres Constantin et Athanase Zografi on remarque aussi des influences du style baroque. Il y a également quelques icônes d'école crétoise. De ce nombre on peut considérer d'un intérêt particulier l'icône de Constantin Shpataraku "Saint Jean-Vladimir", qui conserve, néanmoins, une intégrité plus classique.. On y voit s'entremêler des éléments du jour, des hommes vêtus à la mode occidentale du XVIIIe siècle et d'autres, mélangés avec des éléments anciens de la tradition byzantine et de la légende de ce saint. Mais l'icône présente un intérêt historique car, entre autres, s'y trouve reproduite pour la première fois le prince albanais du XIVe siècle, Charles Topia.



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