Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 16:13



La tombe familiale de Charles Baudelaire
(Cimetière du Montparnasse)
- photo Vasil Qesari -

... J'ai toujours rêvé qu’un jour de ma vie, je puisse rendre hommage au plus grand poète du XIX siècle. Il a été depuis ma jeunesse mon idole. Je l'ai connu pour la première fois quand j'étais étudiant, par un livre de poèmes qu'un ami m'avait donné en me disant de faire attention et de parler a personne.

Dans l'Albanie communiste de l'époque, lire les "auteurs décadents" risquait le minimum, cinq ans de prison. J’ai lu Les Fleurs du Mal et c'était un choc. Mon être, ma vision sur l'art, mon existence a été bouleversée. Mes premières poèmes que j’ai commencé à écrire et que j'ai intitulé "La douleur de solar - plexus" n'étaient autre que une imitation des Fleurs du Mal 1). Et, voici, dans la vie humaine on ne doit dire Jamais, il y a des rêves qui par la chance au la providence, sont possibles a être réalisé… Et, un jour froid d’automne, gris et pluvial, j’ai eu cette émouvante rencontre avec le poète de mes souffrances juvéniles (par l'oppression totalitaire et la cruauté du régime ou j’ai vécu). Mon cœur battait en allant ou gisait mon Maitre, la dans la sixième division du cimetière de Montparnasse ou se trouve le tombeau familial, avec sa mère et son beau père, le chef de bataillon Jacques Aupick, que le poète détestait notoirement. La tombe était décorée de fleurs en hommage à son célèbre ouvrage. D'autres admirateurs souvent laissent, également, des petits mots ou des extraits de ses poèmes. Mais, plus loin, un beau monument rend hommage au poète. C’est une sculpture de José de Charmoy, inaugurée en 1902 et composé d'un gisant du poète surplombé de son buste qui contemple son propre corps. C’est la que j’ai pris les photos que vous voyez dans ce mon modeste hommage …

1) Les vers poétiques en langue albanaise qui se trouvent dans la rubrique "Poèmes - juvéniles" de mon blog SOLAR - PLEXUS, mis sous le titre: "Les douleurs du solar-plexus" http://solarplexus.over-blog.com/2-categorie-735879.html ,ont été écrits, il y a un plus de trente ans, dans l'obscurité de la vie totalitaire de mon pays. Elles sont gardées en pleine clandestinité, dans le secret et sont présentées pour la première fois aux lecteurs albanais. ( Si l'auteur de ces vers avait osé faire cette action pendant le régime stalinien, même dans un cercle limité d'amis, il risquait cinq à dix ans de prison. Plusieurs auteurs qui avaient écrit de tels vers ont connu ce cruel et tragique destin. ). A cette époque, je tenais des notes et j'avais osé écrire ces vers. En fait, je lisais, en clandestinité Charles Baudelaire que j'ai "découvert" grâce à mon vieil ami, Primo Shllaku, et c'était sous son influence que j'ai eu l'impulsion de commencer à écrire des poésies. Plusieurs de ces poésies font parties de mon "journal interdit",écrites vite fait et souvent sous l'effet des "spleens" de ce temps : c'est pour cela que je voulais les nommer symboliquement "Les douleurs du solar plexus". C'est-à-dire un parallélisme symbolique, une sorte de "Fleurs de Nuit" en faisant allusion au chef d'œuvre de Baudelaire "Les Fleurs du Mal". Parce que le Mal était là de manière permanente : cruel, macabre et cynique. C'est pour ce motif que ces vers sont l'expression d'un type de "Poème de Silence". Elles sont l'expression de la tristesse et dans le même temps, sa voix et son cri. C'est pour cela que mes poésies "ont été l’autel où je les posais des vases avec mes Fleurs de Nuit" - comme écrit mon ami Primo Shllaku, dans son recueil de poèmes "Fleurs de Nuit". Et c'est justement pour cette raison que ces poésies n'ont jamais vu la lumière du soleil ... Ce sont mes modestes poèmes, poèmes d’amour, de révolte et de résistance, écrites pour n’être jamais publiées, pour mon plaisir, c'est-à-dire pour "moi-même". Poèmes nés dans la nuit, en cachette, dans l'obscurité des jours, sans soleil ni lumière, dans le "spleen" d'une vie sans espoir, issue des regards interdits vers les frontières de l’étranger, bien gardée par des soldats armées de kalachnikov et entourées de bunkers et de fers barbelés ...



Le cénotaphe dedié à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)



Le cénotaphe dédie à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)



Le cénotaphe dédie à Charles Baudelaire
(Photo Vasil Qesari)

Signé par José de Charmoy, ce cénotaphe, inauguré en 1902, est composé d'un gisant du poète, aux allures de momie égyptienne

***

LE REVENANT

Comme les anges à l'œil fauve,
Je viendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit ;

Ton âme à jamais je prendrai,
Tel un voleur je te déroberai,
Et le Diable présidant le sabbat,
Dans mon corps t'enfermera.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ton corps vide,
Et jusqu'au soir tu seras moi.

Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.

Charles Baudealire - Les fleurs du mal (LXIII)

Par SIMBAD - Publié dans : CHARLES BAUDELAIRE
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