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SI JE DEVAIS
CHOISIR
UN
INSTANT
Si je devais choisir un instant,
Dans les couloirs du temps,
J’aurai vogué sur un arc en ciel,
Entre la Terre et le ciel,
Pour arriver à cet instant.
Celui où l’ombre de ton cœur,
Sombre,
Sur le fleuve Chagrin,
J’aurai marché sur le chemin,
Qui descend le grand Val,
Dans le désert minéral,
La brume du haut plateau.
Pour croiser ton chemin,
Au dessus du ravin,
Sur la passerelle,
Qui relie les civilisations.
Et les destins.
J’aurai arrêté le temps,
Pendant la traversée,
Dans le trésor,
Le Talisman,
Le cahier de poèmes interdit
La photo de Nina-Nana
Et quelques vêtements pour l'hiver,
Tu m’aurais regardée comme on regarde un mirage,
A marcher trop longtemps sous un soleil de plomb,
Et pourtant dans une page,
Mon image se confond,
Entre hier et demain,
L’arc en ciel et le pont.
Je suis inscrite dans ta mémoire,
A l’encre des livres de vie,
Et si j’avais voulu changer de page,
J’aurai vogué sur un arc en ciel,
Entre la terre et le ciel,
Pour arriver en cet instant.
Sans trop y croire, sur mes pas tu te serais retourné,
Et de ma robe de fiançailles,
J’aurai fait ce mouvement,
Que tu aimes tant,
Pour te dire qu’un jour dans les couloirs du temps,
C’est toi qui me croiserais
Au moment où l’ombre de mon cœur sombre
Sur les rives du fleuve chagrin.
En cet instant sur le pont,
Tu me verras
Au jour d’aujourd’hui,
Dans notre chambre,
Le cahier de poème interdit,
Le talisman de Nina–Nana
Sa photographie
Quelques habits épars,
Et cette image, sortie des pages,
Pansera ton cœur,
Jusqu’à ce que je pleure.
Et qu’un arc en ciel te guide
Au pied de mon cœur.
LOU ©
LES MILLE ET UNE NUITS
Les Mille et Une Nuits sont un recueil de contes arabes d'inspiration persane (arabe : كتاب ألف ليلة وليلة Kitāb 'Alf Layla wa-Layla, هزار و یک شب Hezār-o Yak Šab en persan). Elles constituent probablement le pan de la littérature arabe qui est le mieux ancré dans l’imaginaire collectif du monde occidental. Tous les petits enfants sont très tôt initiés aux contes d’Aladin et la lampe merveilleuse, d’Ali Baba et les quarante voleurs ou de Sindbad le Marin. Ce recueil littéraire porte donc souvent une connotation juvénile. Mais les Nuits sont-elles réellement des contes pour enfants? Certes, quelques personnes ont exploité les thèmes à caractère érotique présents dans les contes originaux, et rendus publics par Sir Richard Burton, pour produire des dérivés littéraires ou cinématographiques orientés sur cet aspect érotique. Mais les Mille et Une Nuits sont en fait bien plus qu’un livre de divertissement pour enfants ou d’ébats voluptueux. L’analyse qui suit montrera que c’est en réalité une œuvre dynamique aux origines mouvementées, témoin culturel de siècles passés, véhicule d’une mythologie et de croyances propres à l’Orient, émergeant surtout du monde arabe. La forme même des Nuits possède un caractère qui les différencie des contes classiques, ce qui ajoute à l’originalité de l’œuvre. La lecture de ces histoires fait ressortir des personnages qui prennent vie autour de thèmes récurrents et qui, concentrés au Proche et Moyen-Orient, étendent parfois leurs péripéties jusqu’aux confins de l’Inde ou de la Chine. Une considération plus détaillée de cet ouvrage, somme toute mal connu, s’impose donc afin de mettre en relief la véritable richesse des contes des Mille et Une Nuits.

Les Mille et Une Nuits. Manuscrit syrien du XIVe siècle. Bibliothèque nationale de France.
De nombreuses recherches ont
été faites pour déterminer l’origine exacte des contes. Cette complexité s’explique par le fait que les ouvrages écrits en arabe, les manuscrits, n’ont été retrouvés que partiellement et
qu’ils ont eux-mêmes diverses sources. Toutefois, un écrit arabe ancien, le Kitab al-Fihrist rédigé en l’an 987, relate l’existence d’un volume persan racontant l’histoire de Shahrâzâd et
intitulé le Hezar Efsane (Les Milles Contes) dont nulle trace n’existe. De plus, les noms de Shahrâzâd (Shéhérazade en français) et Shâhriyâr (le roi qui a épousé Shahrâzâd et qui la menace
de mort) sont des noms persans. On retrouve d’ailleurs dans ces noms le préfixe "Shah" qui signifie Roi. Mais d’autres éléments témoignent par ailleurs d’une origine indienne
remontant aussi loin qu’au IIIe siècle. Ainsi, les métamorphoses en animaux, les génies demi-dieux faisant référence au polythéisme hindou et le fait de retarder la mort en contant des
fables seraient des éléments typiquement indiens que l’on retrouve dans d’autres ouvrages hindous comme le "Pancatantra Hitopadeça". L’hypothèse veut donc que les contes seraient nés en
Inde et que, par voie orale, ils auraient atteint la Perse où un premier recueil, le Hezar Efsane aurait été écrit.
Ce recueil primitif, de même que les contes oraux, se seraient ensuite propagés dans le monde arabe grâce, entre autres, aux marchands avides de récits pour briser la monotonie de leurs
voyages. Les conteurs arabes, autour du VIIIe siècle, auraient par la suite traduit le Hezar Efsane et répandu ces histoires en les modifiant et en les adaptant selon leur culture, leur
religion et leur langue tout en conservant plusieurs éléments originaux. Ils auraient donc arabisé les contes en remplaçant les noms et les lieux indiens et persans (sauf exceptions), par
un décor arabe et un "vernis islamique". Ils auraient de plus ajouté bon nombre de contes, ceux-ci typiquement arabes, avec de grandes éloges au
Prophète. Parmi les éléments arabes présents dans le recueil, on dénote aussi la cohabitation des Musulmans avec les Chrétiens et les Juifs, les confrontations avec les Byzantins et les Francs au
temps des Croisades, les villes arabes où se déroule principalement l’histoire (Bagdad, Le Caire, Bassora, Damas), les souks et le marchandage, et les références à des personnages arabes connus
(poètes célèbres, califes, savants). Certains contes dénoncent aussi l’adoration du feu (Zoroastrisme) condamnée à l’époque par l’Islam. Ce sont
donc là les trois principales origines des Nuits : d’abord indienne, ensuite perse et finalement arabe.
Plusieurs conteurs arabes auraient par la suite consigné par écrit leur propre version des Nuits. On retrouve donc divers manuscrits dont les numéros des nuits ne concordent pas. Par
contre, presque tous ces manuscrits possèdent des contes précoces semblables et le même cadre liminaire avec Shahrâzâd et Shâhriyâr. Ces contes précoces seraient les plus anciens d’origine
indo-persane. L’hypothèse veut que le Hezar Efsane ne fut pas complet jusqu’à 1001 nuits lorsqu’il parvint aux Arabes. Ceux-ci l’augmentèrent donc d’histoires différentes selon les
conteurs, les scripteurs ou les copistes, dans le but d’atteindre le compte total. D’abord, les Arabes d’Asie, vers les IXe ou Xe siècles, sous le califat Abbasside, avec des contes
où l’on retrouve Haroun ar-Rachid et son vizir Ja’far. Ce fut ensuite et surtout au Caire, à partir du XIe ou XIIe siècle, sous les Fatimides, avec des contes merveilleux où la magie et les
génies sont présents. D’autres manuscrits d’origine obscure vinrent s’insérer aux contes et d’autres encore se perdirent ou furent détruits. Le recueil obtint en définitive une forme
plus stable aux XIIIe ou XIVe siècles. Les Nuits constituent donc un ensemble de contes dynamiques puisque les conteurs y inséraient ou y soustrayaient des histoires selon leur plaisir et
surtout selon celui des auditeurs.

Par le peintre persan Sani ol-Molk (1849-1856)
C’est autour de l’an 1700 que le Français Antoine Galland mit la main sur des manuscrits des Mille et Une Nuits (Alf laylah wa laylah). Il en fit une traduction, la toute première dans une
langue européenne, qu’il publia en 1704. Celui-ci adapta les contes pour l’époque en y omettant les éléments vulgaires et érotiques et en y insérant la galanterie (sans jeu de mots)
européenne. Il ajouta, à partir d’autres manuscrits ne faisant pas partie des Nuits, les contes de Sindbad, d’Aladin et de Ali Baba, ce qui décala les nuits par rapport au manuscrit
original. Son édition des contes arabes où, pour la première fois, la culture et la religion islamiques étaient dépeintes en Europe de l’œil même des Arabes et non plus seulement rapportées par
les Croisades, les pèlerins, les moines ou les marchands européens, fut un succès immédiat; l’œuvre, par ses nombreux éléments merveilleux, contrastant avec
les écrits cartésiens de l’époque où l’imaginaire et l’exotisme tenaient alors une place chétive. Les Nuits de Galland furent rapidement traduites dans les autres langues européennes.
On peut considérer que l’arrivée des Nuits en France est en partie responsable du développement de l’Orientalisme en Europe grâce à l’engouement qu’elle provoqua pour cette partie du monde plutôt
mystérieuse. Dans les années qui suivirent et jusqu’au XIXe siècle, d’autres manuscrits furent découverts, relatant les contes des Mille et Une Nuits dans un ordre un peu différent et avec de
nouveaux contes. Ces manuscrits furent à leur tour traduits, ce qui donna lieu à différentes versions des Alf laylah wa laylah.
Mais l’exotisme apporté par le recueil ne se répandit pas qu’en mots. Il le fit aussi en images lorsque de talentueux artistes, comme Edmond Dulac et Marc Chagall, illustrèrent quelques
contes des Nuits. Le thème fut aussi repris en musique entre autres par le compositeur russe Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) qui composa la suite symphonique Shéhérazade, Opus 35.
Il harmonisa sublimement le «Vaisseau de Sindbad», "l’histoire du prince Kalender", "l’histoire du jeune prince et de la jeune princesse" ainsi que le "Festival de Bagdad". D’autre part,
l’industrie cinématographique s’appropria elle aussi ce sujet en mettant sur pellicule la série télévisée I dream of Jeannie (1965) jusqu’aux dessins animés de Disney avec Aladin. Les
enfants étant toujours assoiffés d’histoires merveilleuses, les Nuits furent rapidement adaptées pour les petits en une version, souvent celle de Galland, épurée des éléments violents ou
vulgaires et concentrée en éléments magiques, si bien que les autres contes se sont atténués dans l’imaginaire collectif et que seuls les Aladin, Ali Baba, Sindbad et Shéhérazade demeurent
présents en mémoire lorsque l’on invoque les Mille et Une Nuits.

Recueillies par SIMBAD
En 1965, en criant "Aline", Christophe lance le premier tube dans l'histoire de la chanson française. Simplicité mélodique et
textuelle, une formule depuis largement éprouvée.
ET J’AI CRIE, CRIE : ALINE !
"J’avais dessine sur le sable son doux visage qui me souriait
Puis il a piu sur cette plage dans cet’ orage, elle a disparu
Et j'ai crié, crié Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai p1euré, p1euré, oh ! j'avais trop de peine.
(Extrait de "Aline", paroles et musique de Christophe)
Pendant l'été 1965, que se passe-t-il ? Rien que de très ordinaire. Les hommes se font la guerre et le président Johnson engage, le 13 juillet, 125 000 GI au Vietnam. Les malmènes de I’ Histoire
aspirent a plus de justice: le 18 aout, des émeutes sanglantes éclatent dans les ghettos noirs de Los Angeles. A Saint-Tropez, fiançailles : Eddie Barclay sacrifie à ce qui va devenir pour lui un
rite estival. L'élue s'appelle Marianne Steinberg. A Londres, mariage: Catherine Deneuve épouse un photographe chic, David Bailey. Et, bien sur, I' on meurt : Audiberti, le 10 juillet; Le
Corbusier, le 27 aout. Le 4 septembre, à l'hôpital de Lambaréné (Gabon), il est minuit pour le docteur Schweitzer.
Dérivatifs aux malheurs du monde, ou à son train-train (Poulidor est arrive second derrière Gimondi), douces compagnes de nos vies comme elles vont, les chansons sont là. La vieille garde
s’accroche : en aout, Tino Rossi entreprend une tournée à travers la France. Il propose des titres nouveaux ("Si tu pleures, si tu chantes", "les Yeux de l’amour», "Tu méritais mieux", qui ne
feront pas oublier "Tchin-tchin") et entend, dans ses accompagnements, réconcilier la guitare électrique des yé-yé et cel1e de Vincent Scotto. Quant à la relève, elle triomphe : le 20 juin, les
Beat1es ont soulevé d’enthousiasme le Palais des sports parisien.
SENTIMENTALlTE PREADOLESCENTE
Rien de cela, ni l'inauguration, le 16 juillet, du tunnel du Mont-Blanc par les présidents Charles de Gaulle et Giuseppe Saragat, ne saurait, dans nos mémoires, marquer l'été 1965. L'été 1965,
c'est celui d'"Aline". Sans doute faut-il y ajouter, pour ce qui nous concerne, la lumière de l’ile de Ré, les balades à vélo dans les marais salants, cet endroit sauvage que l' on appelait, je
crois, la mer du Nord, les bains sur la plage des Baleines, le petit bois de Trousse-Chemise ("quand la mer est grise et qu'on l'est un peu"), la pergola de La Couarde-sur-Mer et les slows avec
L. qui avait les yeux de Marie Laforet. Dans leur excellent ouvrage, "la Chanson française et francophone", Pierre Saka et Yann Plougastel qualifient "Aline" de "premier tube, au sens moderne de
succès de l’été, dans I’ histoire de la chanson en France".
Par quoi se caractérisent donc les succès de l'été? Si l'on en croit ce prototype, on répondra: par un référent de circonstance (la plage, le sable mouille, les amours brèves), par une
sentimentalité préadolescente, par la modestie de la forme textuel1e, par l'indigence du sens et une aimable simplicité mélodique. C'est une expérience un peu triste que de réentendre aujourd'hui
"Aline". Surtout, d'en lire les paroles : dix-huit vers, non dix- huit lignes, plus ou moins assonancées (sable/plage), quelques rimes intérieures (croire/espoir), deux refrains (des quatrains),
le troisième, essouffle, n’arrivant pas à dépasser le stade du distique.
Le doux visage dessine sur le sable et que la pluie effacée a, dans le genre, cent équivalents plus vigoureux, à commencer par "les pas des amants désunis" des "Feuilles mortes". Ce pauvre jeune
homme qui brame le prénom de l'aimée, qui pleure, qui pleure ("Oh ! J'avais trop de peine"), n’est pas un parangon de virilité. Une métaphore (“je me suis assis auprès de son âme”) fait regretter
le temps ou Brassens vivait prosaïquement heureux "auprès de son arbre". Quant au dénominatif "la belle dame", il est trop médiéval pour une Aline de bord de mer.
CREATEUR FANTASQUE
Il faut créditer la musique et l‘interprétation, franches et gracieuses, mais sucrées, peu inventives, d'une performance grammaticale. Le crescendo du refrain (et j'ai crie, criée ...) enrichit
la catégorie des verbes que les linguistes nomment "performatifs", ceux dont la simple énonciation constitue l'action (ainsi le verbe "jurer"): quand Christophe chante "j’ai crié", il crie.
Sommes-nous injuste? Oui, parce qu'on ne renie pas ce que l'on a aimé; grâce à "Aline", nous avons connu, comme tant d'autres, des moments de bonheur. Oui, parce que le second tube de l'ete 1965,
"Capri, c'est fini", n'appel1e pas davantage d'indulgence. Injuste aussi car "Aline" ne laisse nullement augurer ce que sera la carrière de Christophe. Carrière désordonnée, désinvolte (avec des
éclipses de huit ans, dix ans), mais audacieuse et sympathique, à l’image de l’homme et de sa vie privée
Apres avoir signe la bande originale du film de Lautner, "la Route de Salina", dont le seul mérite était d’offrir son dernier rôle à une Rita Hayworth ravagée et bouleversante, Christophe
enregistre deux albums "cultes": "les Paradis perdus" et "les Mots bleus". Le "Beau bizarre", de Baudelaire, l'attire de plus en plus. II se convertit à la musique électronique. La voix
travaillée, belle e, tord leur cou aux mots, les brise, les noie dans des sonorités métalliques. En 1996, son CD intitule "Bevilacqua" (c'est son propre patronyme, le disque est un hommage à son
père) contient une composition tout en cliquetis et vrombissements qui célèbre Enzo Ferrari. La critique adore, le public boude. Le même phénomène risque de se produire à l'occasion du récent
come-back du chanteur.
Christophe s'est acquis une image de créateur fantasque, maniaque, "déjanté" dira-t-on en songeant à sa passion pour les voitures, mais aussi d'artiste exigeant, prenant la musique au sérieux, se souciant peu de plaire, féru d'innovation. En 1996, à un journaliste qui lui demandait: "Vous rechanterez "Aline"?, Christophe répondit: "Bien sur. Le coté retro d'Aline" a quelque chose qui me plait. Je ne regrette rien." Bravo!
Jean-Marie PLANES


























