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Merci à mon confrère Jean François Meekel de m’avoir prêté ce magnifique livre !
Sebastian Haffner
HISTOIRE D’UN ALLEMAND
Souvenirs
1914 – 1933
Editons Babel
AVANT-PROPOS
JEUNE MAGISTRAT stagiaire à Berlin, Sébastian Haffner s'est exilé en 1938, tant il jugeait exécrable l'atmosphère politique et culturelle en Allemagne, Etabli en Angleterre, il y
vécut dans une précarité accablante. L'éditeur Warburg lui commanda alors le livre qui devait devenir l'Histoire d'un Allemand, récit, par un témoin oculaire, de ce qu'était la vie des Allemands
pendant l'instauration du nazisme, Mais la guerre éclata, et le manuscrit ne fut jamais publié. En 1940, cependant, Sébastian Haffner réussit à en publier un autre, Germany, Jekyll and Hyde,
analyse politique perspicace qui lui permit ensuite de collaborer à la presse anglaise. En 1954, il retourna en Allemagne et devint un journaliste et historien de renom. Il est mort en 1999 sans
avoir jamais cherché à publier sa très personnelle Histoire d'un Allemand.
rédigée soixante ans plus tôt et cachée au fond de son bureau. Publiée pour la première fois en 2000, après sa découverte, ce récit remporta un succès considérable en Allemagne. Au fil des
années, j'ai été amenée à lire un grand nombre de documents et de témoignages sur le nazisme, et j'ai été saisie par la manière originale dont Sebastian Haffner, ce juriste issu d'une vieille
famille protestante, avait appréhendé le chapitre le plus terrifiant de l'histoire du XXe siècle. Tout y concourt: la simplicité de son style, la précision des scènes évoquées, leur
interprétation si perspicace, et un immense talent de narrateur. Nous, les enfants de l'Allemagne, nous aurions tous voulu avoir un père ou un grand-père qui nous eût parlé, comme le fait Haffner
avec une redoutable clarté, de son expérience intime, qui nous rendît palpable la tentation du mal, l'infiltration et la prise de pouvoir lente et perfide de la pensée raciste et fasciste, le
cheminement de la propagande belliciste - un père ou un grand-père qui aurait eu le courage d'agir comme Haffner l'a fait, du début jusqu'à la fin du Troisième Reich. C'est bien là, je crois, ce
qui explique le grand succès de ce livre dans les pays de langue allemande.
Au moment de la publication de l'Histoire d'un Allemand, en 2000, quelques historiens allemands crurent déceler une supercherie. Comment Haffner aurait il pu préfigurer le désastre avant même que
la guerre éclatât? Ils soupçonnaient l'auteur d'avoir remanié son texte après la guerre afin de jouer les prophètes a posteriori. Aujourd'hui, la polémique est close, l'analyse scientifique du
manuscrit original a prouvé que le document découvert par les enfants de Sebastian Haffner est effectivement un inédit vieux de soixante ans.
En lisant Sebastian Haffner, on assiste littéralement à l'arrivée du désastre, étape par étape, dans la période cruciale de l'entre-deux-guerres. Et l'on s'aperçoit alors que rien, jamais, n'est
une fatalité.
MARTINA WACHENDORFF, février 2002.
NB - Au printemps 2002, une version plus récente du chapitre 25 a été retrouvée, en même temps que six chapitres inédits relatant la suite des souvenir5 de Sebastian Haffner jusqu'en décembre
1933. Ces éléments ont été introduits dans la présente édition augmentée de l'Histoire d'un Allemand.

René Michel Slodtz "Iphigénie" (entre 1735 et 1740 )
La Fille d'Agamemnon
Ismail Kadaré
roman
"Nous sommes en Albanie, dans les dernières années du régime communiste. Le narrateur, employé de la Radio-Télévision, a pour maîtresse Suzana, fille du futur successeur du tyran. Or ce dernier a convaincu sa fille de mettre fin à cette liaison, qui pouvait nuire à sa carrière. Au même moment, le jeune homme reçoit une invitation pour assister au défilé du Premier Mai dans la tribune officielle, ce qui est un privilège envié. Cependant que se déroule la cérémonie convenue d'autoglorification du régime, l'amant désespéré médite sur sa disgrâce, évoquant tour à tour Iphigénie sacrifiée par son père Agamemnon, et Staline refusant d'échanger des prisonniers allemands contre son fils captif ... Et si le sacrifice ne signifiait rien d'autre que la volonté du pouvoir de briser par principe toute humanité chez ceux qui le servent ? Dans ce roman, écrit à Tirana en 1985 et clandestinement envoyé en France, le grand écrivain albanais dénonce avec une vigueur rarement atteinte les mécanismes du régime totalitaire, mais aussi, non moins inquiétants, ceux de la soumission, de la complicité et de la veulerie" .
Ce court roman, paru en 2003, a été écrit en réalité aux alentours de 1985 : à l'époque, le manuscrit est sorti d'Albanie aux risques et périls de son auteur ... Le propos se situe dans l'Albanie de l'époque, crispée sur un stalinisme rigide et absurde. Kafka n'est pas loin bien sûr ... mais c'est à la mythologie grecque que l'auteur fait appel pour faire écho à la tragique absurdité de l'oppression politique: c'est le sacrifice d'Iphigénie, "la fille d'Agamemnon". Les mirages du pouvoir sont restés les mêmes depuis la guerre de Troie : ils sont toujours aussi illusoires, aussi vains, mais aussi toujours meurtriers. Kadaré nous donne, bien entendu, à comprendre l'horreur de la tyrannie contemporaine ; mais il se livre également à une relecture du mythe : "Iphigénie avait donné à Agamemnon le droit de déclencher la boucherie ... Rien à voir avec la conviction que le sacrifice apaiserait les vents qui empêcheraient la flotte de lever l'ancre, ni avec un principe moral prônant l'égalité devant la mort de tous les gars de Russie -- non, il s'agissait simplement d'un cynique calcul de tyran." (p. 125) Le meurtre de la jeune femme, c'est un crime contre l'avenir, contre la fécondité ; dans l'Albanie stalinienne, c'est la condamnation du bonheur et de la vie. "La guerre de Troie a commencé. Plus rien ne s'oppose au dessèchement de la vie".
(F. Gadeyne, Café pédagogique)

'Agamemnon's Daughter' by Ismail Kadare
Winner of the 2005 Man Booker international prize
Ismail Kadare is customarily hailed as Albania's greatest writer. This is probably true, but since few other writers from that isolated nation are even known to the rest of the world, it's not all that much of a compliment. Perhaps it would be more apt to point out that Kadare won the 2005 Man Booker International Prize and that he is one of Europe's most consistently interesting and powerful contemporary novelists, a writer whose stark, memorable prose imprints itself on the reader's consciousness. But whose prose is it that we are reading? Since few readers and even fewer critics know Albanian, we know Kadare through his translators. And the word indeed has to be doubly plural here since David Bellos has translated into English the novella and two stories that make up "Agamemnon's Daughter" not from the original Albanian but from translations into French by two different hands. Translation is always a vexed topic — how literal should it be? Is fidelity to the original phraseology more important than belletristic style? — but double the translations, and the problems become redoubled. As the first translator alters the text from which he is working, so will the next. So, all you followers of the auteur theory, who gets the credit line here?
Certainly the English-language prose on these pages flows easily and thoughts, images and perceptions are acutely rendered, and in the end it is to them that the reader will gravitate, grateful in this case that he has been enabled to glimpse into a closed society and beyond that into some eternal human verities. Much of Kadare's earlier work focused upon the clash in his native land between ancient feudal customs and the harsh modernizing scrubbing brush of Communist ideology and practice. It was sometimes hard to tell where his sympathies lay. Indeed, how do you choose between a ruthless totalitarian autocracy on the one hand and a system based on endlessly simmering tribal feuds and endless cycles of vengeance and revenge? A good artist goes where his heart and mind take him and in all three parts of "Agamemnon's Daughter," you see a writer who consistently affirms the humane and humanistic and champions the individual over a system that is inimical to his core values and desires, whatever that system may be.
Albania may be a tiny nation that was cut off from much of the outside world during the Cold War and more isolated than most of Europe throughout its history, but it sits at the crossroads of many great civilizations. The three works that make up this book each reflect one of these. The title story takes place in a gray, faceless, totalitarian society dominated by a Leader, but it is imbued throughout its pages with the ancient Greek myths of the huge empire that once dominated it. "Half dreaming, I took out a book I had just read, and flicked through the pages again," the narrator says as he muses on the topic of sacrifice. "It was 'The Greek Myths' by Robert Graves…. Why had the parallel occurred to me? Because Suzana had used the same word? Because her father, like Iphigenia's, was a high dignitary of the state? Or simply because Graves's book had kept me buried in the world of myth for several days?"
An Albanian writer evokes an English one to raise their shared heritage of Greek myth: a truly European moment, a cross-cultural exercise of significant fecundity. The second piece in the book, "The Blinding Order," looks at the Ottoman Empire, which, long after the Greek, held sway in this corner of the world. The sophistication and the elegant cruelty that were hallmarks of that particular civilization are chillingly evoked by Kadare in a 19th century conversation between a man, Gjon, and his wife, about using sunlight to blind as a means of torture.
" 'Neat work, you can't deny it,' Gjon said. 'No blood, no branding iron, none of those barbaric devices … '
" 'Well, I think it's the cruelest way of doing it,' Gjon's wife said. 'To be basking in the light of the sky and the sea, and then to be suddenly deprived of both!'
" 'Would you prefer the opposite means, being blindfolded and locked in a cell for three months?' Gjon asked.
" 'I think it might be less painful overall,' she replied. 'It would give you time to get used to darkness.' "
This is life in such a society then and, in some places, now: Which form of torture is the more palatable?
Kadare's final story, "The Great Wall," deals with yet another clash of civilizations that took place when Tamerlane, the Central Asian conqueror of the 14th century who famously rode in triumph through Persepolis and went on toward China, burst upon the world. In this tale Kadare gives everything he's got in his arsenal, which in his case is a lot. Life, death, the afterlife, heaven, hell, the shade world, even Jesus Christ. Conquerors come and go, people live and die, the Great Wall stonily endures. The magnificent achievement of all three parts of "Agamemnon's Daughter" is to evoke so much in the way of myth and historical inevitability and still leave the reader more than ever convinced of the unquenchable resilience of the human spirit.
* Martin Rubin is a critic and the author of "Sarah Gertrude Millin: A South African Life."
Ce tableau, sur la couverture du livre, intitulé "Labi dhe Labesha" est une œuvre du peintre albanais Maks Velo. Maks Velo est né à Paris en 1935. Il a vécu toute la période du régime communiste en Albanie. Architecte de formation, il est aussi peintre et écrivain. Il fut condamné à dix ans de camps, en 1978, pour "agitation et propagande "contre le pouvoir populaire et le Partie du travail". Ses œuvres contreventa au réalisme socialiste furent alors détruites. Libéré du terrible camp de Spaç ( mine de chrome ) en 1986, il fut ensuite ouvrier dans une usine des pierres abrasives jusqu’à l’effondrement du régime communiste, en 1991. Il vit aujourd’hui à Tirana.
( Des Illyriens à l’Independence de Kosovo )
De Serge Métais*
Editions Fayard - 2006 - 450 pages
Les Illyriens, peuple indo-européen très ancien dans les Balkans, furent christianisés très tôt, comme les Grecs, dès les premiers siècles. Soit, bien avant les Slaves, arrivés tardivement dans la région et évangélisés seulement autour du Xe siècle. Sous la domination turque, leurs descendants, les Albanais, s’avérèrent pourtant les moins réfractaires à l’islamisation (deux sur trois environ se firent musulmans).
L’éveil tardif de la conscience nationale chez les Albanais est la conséquence de leur division religieuse. Cela leur fut fatale lors du démembrement de l’Empire ottoman en 1913. Le Kosovo, haut lieu de la lutte pour l’indépendance de l’Albanie, fut alors attribué à
L’histoire des Albanais au XXe siècle fut particulièrement douloureuse : négation de leurs droits nationaux sur la moitié des territoires albanophones avant
* Serge Métais a été maitre de conférences de sciences économiques à l’Université du Maine, jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. Entrepreneur en Europe centrale et orientale depuis l’effondrement des régimes communistes, il s’est consacré en parallèle, ces dernières années, à une activité d’historien des Balkans.
© Simbad


























