SIMBAD



LA SOLITUDE

La solitude c'est la sonnerie du téléphone
C’est une voix étrangère qui cherche une autre personne;
La solitude c'est le dimanche vide,
Aux conversations médiocres et sans soleil.

La solitude c'est regarder par la vitre,
Les gens pressés dans le soir,
Le long ennui avant le sommeil,
Et la touffeur des nuits sans lune.

La solitude c'est aimer beaucoup,
Et n'avoir personne à aimer,
N'avoir personne à qui offrir des fleurs,
Personne à qui raconter sa journée.

C'est être partout de trop, étranger,
Hôte non invité par personne au monde,
Sans un souvenir qui te fasse souffrir,
Sans espoir aucun pour ce qui arrivera.

Mais l’anxiété de mes journées sans toi,
Ma grande détresse infernale,
Pour tous que ce tu sais ou ne sais pas:
Je ne peux rien lui trouver d'égal.

Et les minutes de défiler lentement,
Lourdes de ce que l’on appelle attendre,
Souffrantes par ce qu'on appelle le manque
Et qu’en moi sont si innombrables …

DRITA ÇOMO
"Cette lueur qui monte de l'abîme"
(1958 - 1981)


"Cette lueur qui monte de l'abîme", équivaut, par bien des aspects, au "Journal" d'Anne Frank. Son atmosphère évoque aussi "Le Pavillon des Cancéreux" d'Alexandre Soljenitsyne. Ces comparaisons ne sont en rien abusives. Atteinte d'un cancer qui la terrassera dans sa vingtième année, Drita Çomo (Drita – en albanais – La lumière), rappelle son existence singulière dans le contexte de la dictature albanaise, sous le régime du Enver Hoxha. Elle témoigne non seulement de l’évolution de sa maladie, mais restitue également un climat politique oppressant sur un mode allusif et révélateur. "Cette lueur qui monte de l'abîme", possède la vertu d'un récit qui mêle l'inexorable d'un destin individuel à une histoire implacable et, en l'espèce, persécutrice. Drita Como, issue d’une famille considérée par le régime comme "ennemie du peuple", est décédée à l’hôpital oncologique de Tirana en 1981, sans avoir aucun proche de sa famille, près de son lit. Sa mère, internée dans un camp de concertation, a été interdite per les autorités à être prés de sa fille en agonie. Le poème "Solitude" (Vetmia – en albanais) a été tiré par le recueil poétique "Une lueur qui monte de l'abîme" paru en France, en 2004, accompagné par une Introduction d’Ismail Kadaré, remarquable écrivain albanais de renommé internationale. (Éditions du Rocher dans la collection Lettres albanaises ).

Dim 5 jui 2009 Aucun commentaire